Créateur du génialissime « Six Feet Under » et du brillant « True Blood », mais également responsable de l'éblouissant scénario d' « American Beauty », Alan Ball est un dieu de la série télévisée, un maître de l'écriture. Reste que pour sa première réalisation cinématographique, la réussite est un peu moins étincelante. Le « problème » est sans doute un peu formel, où on a du mal à retrouver l'indescriptible richesse et inventivité du maestro d'HBO, sans oublier une fin légèrement consensuelle. Le résultat n'en est pas moins intéressant, et très au-dessus de la moyenne. En effet, loin de nous présenter une Amérique consensuelle et tolérante, Ball livre une peinture au vitriol de la société d'aujourd'hui, où chacun a certes quelques qualités, mais surtout de gigantesques défauts. Nous échappons ainsi à la caricature, sans pour autant que les comportements des uns et des autres ne soient pardonnés : c'est simplement qu'ils sont rendus crédibles par des situations intelligentes et des dialogues pertinents, permettant toujours de distinguer une lueur d'humanité. Il n'y a au fond pas de méchanceté dans le comportement des uns et des autres : simplement de la frustration, de l'incompréhension, de la douleur... À ce titre, Aaron Eckhart livre l'une de ses plus belles prestations, ce qui n'empêche pas les autres seconds rôles de donner également leur meilleur. Bref, une drôle d'expérience que ces premiers émois amoureux et sexuelles d'une jeune libanaise de treize ans, où la famille est encore moins un refuge que le voisinage : Alan Ball a beau être moins convaincant qu'à la télévision, il n'en reste pas moins un auteur de grand talent.