Ziad Kalthoum parvient à faire de la poésie avec de la guerre et du béton.
Par ce chef d’œuvre visuel, il présente le quotidien des travailleurs syriens au sein de cette prison urbaine.
Se joue en rythme une double symétrie pour exposer un paradoxe permanent. D’un côté, les travailleurs montent en haut de la ville au sommet des buildings qu’ils construisent avant de retourner passer la nuit dans ses sous-terrains, privés de droit de sortie. De l’autre côté, les travailleurs doivent venir fabriquer le ciment à Beyrouth pour fuir la destruction de celui de Syrie.
Coupé par de rares prises de parole perdues dans des enchaînements visuels très pesants, le film garde la poésie des personnes mises en avant. Le souvenir de la mer, de la peau des mains du père et de l’enfance semblent soulager et justifier.
L’œuvre accompagne le regard que l’on doit porter sur Beyrouth et sur la situation libanaise actuelle. Dans un pays où 80% de la population est sous le seuil de pauvreté et qu’un quart de la population vient de Syrie, la violence libérale, l’urbanisme prédateur et le racisme continuent à casser les corps, les droits et les villes au bénéfice d’une minorité.