Tatami
7.4
Tatami

Film de Zar Amir Ebrahimi et Guy Nattiv (2024)

Tatami n'est pas qu'un bon film de sport, puisque chaque combat de la judoka iranienne porte des enjeux bien plus larges qu'une simple médaille. Tatami n'est pas qu'un pamphlet politique, puisque (au moins pendant 1h30 où les lèvres se doivent d'être scellées) le verbe est remplacé par le corps, et le besoin de liberté s'exprime par une irrépressible rage de vaincre. Là où on présente un choix à Leila, elle ne voit qu'une seule alternative. Pas d'autre issue que de continuer, encore et encore, à rentrer sur le tatami, pour faire face à sa prochaine adversaire. Tatami est un films qui revêt les deux casquettes, s'enrichissant l'une l'autre. Le dépassement de soi comme valeur proprement sportive devient plus fort que jamais lorsqu'il se traduit par un dépassement par Leila de tout ce qui faisait sa vie jusqu'ici pour entrer dans un inconnu total, tête baissée, cheveux lâchés. 
Doté d'une mise en scène nerveuse et étouffante, mené tambour battant de bout en bout, Tatami est un film qui se met au plus proche des personnages pour nous montrer ce qu'on ne peut pas voir - ce qui bouscule particulièrement à l'issue de ces jeux olympiques 2024. S'appuyant sur la performance magistrale de ses deux actrices, il place en Leila une confiance absolue. Guerrière, franche, courageuse jusqu'au point de non-retour, a l'instar d'un cyclone, elle n'a pas peur de couper les liens qui la retiennent pour finalement emporter tout avec elle, y compris le spectateur. Comme s'il ne suffisait que d'un regard pour comprendre que, par son "égoïsme", elle devient le symbole de tout un peuple. Il n'y aura rien eu de plus puissant pour moi en cette année 2024 que ce corps qui sue, se débat et se saigne alors que tous les voyants sont au rouge, qui se bat pour pouvoir continuer à se battre, dans un élan désespéré. 
Tatami met tout cela en scène sans aucun pathos, ni miserabilisme. Sans jugement. Sans jamais demander "à quoi bon", sans jamais soulever un doute. Par l'organicité des cadres et du montage (sonore comme visuel), redoutablement précis, et la foi résolue en sa protagoniste, Tatami propose du grand cinéma. Une claque à voir absolument. 

Elliptic
10
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le 15 sept. 2024

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Elliot Minialai

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8

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