Il y a un truc qui me frappe à chaque fois que je vois un film de Chatillez, particulièrement celui-ci : tout y est d'une laideur, d'une mocheté, d'un glauque si profond, si dépourvu de limites, que je me demande si ce n'est pas volontaire - et en fait, je crois que si, ça l'est.
Je crois même que la démarche cinématographique de Chatillez n'est constitué que de ça, qu'elle ne tourne que de ça : faire en sorte que le plan qui suit soit encore plus laid que le précédent. Et le pire, c'est que le film réussit à faire cela : la laideur de ce film va crescendo, construit un décalage informe et bizarre qui moi me fascine et que j'adore. Chaque décor, chaque personnage, chaque scène, chaque plan, et je vous jure, chaque raccord entre deux plans et poussé à son paroxysme de pauvreté technique. C'est un film qui a vieilli, mais qui je crois était déjà vieux lorsqu'il est sorti, comme sa Tatie Dannielle, déjà mal-aimable et moche.
Avec tout ça on va croire que je déteste le film mais non, je l'adore. C'est un concentré de mauvais goût assumé, qui me fascine totalement dans son côté décousu, son espèce de faux-rythme décalé et étrange, son absence de tout, son travail du rien. Il y a beaucoup de formes de comique, les films de Chatillez usent à mon avis d'une forme qui n'appartient qu'à eux, que j'appellerais le comique du rien. Ce n'est pas un comique basé sur le burlesque, parce que tous les corps sont raides, pas magnifiés, isolés dans le plan. Ce n'est pas non plus basé sur les dialogues, ou alors très rarement (quelques pépites du genre "oui, elle est gentil votre fille, mais qu'est-ce qu'elle est laide !" ). Non plus sur les personnages, car les personnages sont inexistants, pas du tout approfondis, juste là pour êtres montrés en monstre. Et pourtant, il y a vraiment quelque chose de drôle qui se joue dans cette atmosphère, quelque chose qui fait rire sans savoir pourquoi, dans cet espèce de récit extrêmement lent et laborieux : quelque chose qui nait du rien donc, du vide, du malaise que le film installe entre ses quelques personnages détestables. Tout le film est comme cela, très laborieux, très vioc, kitsh, moche, poussif à des moments, totalement amoral et si anti-cinématographique, si anti-esthétique, qu'il en devient presque génial. Et drôle, quand même.
B-Lyndon
5
Écrit par

Créée

le 27 déc. 2013

Critique lue 2.3K fois

B-Lyndon

Écrit par

Critique lue 2.3K fois

28

D'autres avis sur Tatie Danielle

Tatie Danielle

Tatie Danielle

5

B-Lyndon

268 critiques

Le comique du rien

Il y a un truc qui me frappe à chaque fois que je vois un film de Chatillez, particulièrement celui-ci : tout y est d'une laideur, d'une mocheté, d'un glauque si profond, si dépourvu de limites, que...

le 27 déc. 2013

Tatie Danielle

Tatie Danielle

10

Pierre-Amo-Parfois

1019 critiques

Extraits d'un reportage de France 3 de l'époque (comme on en fait plus, je crois, et que j'adore):

"Ils m'ont tous abandonnée...tous...tous." (Tatie Danielle)(voix off du reportage; par le journaliste dont je n'ai, grand hélas, pas le nom ) "Tatie Danielle (la voici)...et c'est une horreur...une...

le 29 déc. 2025

Tatie Danielle

Tatie Danielle

8

Behind_the_Mask

1474 critiques

Le drame de la vieillesse ? Quel bonheur !

Difficile de ne pas penser, devant tant de mesquinerie et de méchanceté, qu'une bonne canicule nous débarrasserait bien de quelques vieilles carnes acariâtres comme Tatie Danielle. C'est qu'avec la...

le 13 juil. 2015

Du même critique

The Grand Budapest Hotel

The Grand Budapest Hotel

4

B-Lyndon

268 critiques

La vie à coté.

Dès le début, on sait que l'on aura affaire à un film qui en impose esthétiquement, tant tout ce qui se trouve dans le cadre semble directement sorti du cerveau de Wes Anderson, pensé et mis en forme...

le 3 mars 2014

Cléo de 5 à 7

Cléo de 5 à 7

10

B-Lyndon

268 critiques

Marcher dans Paris

Dans l'un des plus beaux moments du film, Cléo est adossée au piano, Michel Legrand joue un air magnifique et la caméra s'approche d'elle. Elle chante, ses larmes coulent, la caméra se resserre sur...

le 23 oct. 2013

A Touch of Sin

A Touch of Sin

5

B-Lyndon

268 critiques

A Body on the Floor

Bon, c'est un très bon film, vraiment, mais absolument pas pour les raisons que la presse semble tant se régaler à louer depuis sa sortie. On vend le film comme "tarantinesque", comme "un pamphlet...

le 14 déc. 2013