Teki
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Teki

Film de Daihachi Yoshida (2025)

Après Lear on the Shore, on enchaîne avec un autre film japonais contemporain sur le sort des personnes âgées dans une société vieillissante avec cette fois-ci Kyozo Nagatsuka (79 ans) dans le rôle principal.


Son personnage n’a rien à voir avec celui de Tatsuya Nakadai dans Lear on the Shore. Veuf, ancien professeur d’université spécialisé dans la littérature française, Gisuke Watanabe vit sa retraite de manière réglée et autonome dans sa maison traditionnelle. Aucune démence à déplorer, il a au contraire encore toute sa tête, comme l’atteste une série d’articles sur la littérature française du XVIIe siècle qu’il continue d’écrire. À côté de cela, il s’occupe de l’entretien de sa maison avec soin, ce qui lui permet d’ailleurs d’avoir une routine qui n’est pas sans rappeler celle de Kiju Yoshida dans Perfect Days, de Wim Wenders. Mais là aussi, n’engageons pas trop la comparaison entre les deux films. Car par le choix du noir et blanc, Teki n’a pas le même moelleux, la même somptuosité picturale réconfortante. Une sorte de froideur va peu à peu s’immiscer, froideur qui prendra l’apparence de rêves désagréables que fera Watanabe. Lui qui contrôle parfaitement le quotidien de sa retraite ne peut rien faire concernant l’activité de son subconscient. Et cela empirera quand il tombera sur un mail le mettant en garde contre un « ennemi » (teki) venu du nord. D’une certaine manière, « Winter is coming » pour le professeur Watanabe qui ne saura plus trop démêler rêve et réalité et qui verra surtout sa situation se détériorer.


Ainsi, ayant pris la décision de se suicider quand sa situation financière ne lui permettra plus de subvenir à ses besoins convenablement, il apprend que la publication de ses articles a été annulée. De même, son bar préféré dans lequel il avait plaisir à discuter avec une jeune femme étudiante en littérature française (jouée par Yumi Kawai) disparaît du jour au lendemain. Le tissu social qui permettait à Watanabe d’avoir une existence un minimul stimulante se détériore, tandis que les mails anonymes sur « l’ennemi » qui s’approche continuent d’arriver dans sa boîte mail.


Dans ces messages, il est évoqué l’arrivée massive de dangereux réfugiés que le gouvernement va devoir contenir de manière drastique, par la manière forte. Cependant, on en vient surtout à se demander si cet « ennemi » ne serait pas ce qui guette les personnes comme Watanabe, lorsqu’elles arrivent à un certain âge : la sénilité, contre laquelle il n’y a rien à faire, mais aussi la fragilité financière associée à une déchéance physique, association suggérée par son grossier voisin obsédé par les minuscules crottes de chien laissées en face de chez lui, obsession de propreté que contredit son apparence (« on pue quand on devient vieux », dira-t-il à une passante promeneuse de chien qu’il accuse d’être la responsable des étrons laissés devant chez lui).


Film certes moins avenant que Perfect Days (et même Lear on the Shore), Teki Cometh n’en est pas moins intéressant et visuellement captivant, dans sa manière de filmer ce quotidien du troisième âge avec des idées que l’amateur de David Lynch ne peut qu’apprécier.


https://bullesdejapon.fr/2026/01/17/teki/

Créée

le 17 janv. 2026

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