Notes sur le film (gros spoilers) : Le témoin à charge, adapté d’Agatha Christie, est un film à twist, comme on pourrait le dire d’Usual Suspects (1995) ou de la plupart des films de M. Night Shyamalan. Ici, néanmoins, le retournement de situation se joue sur deux niveaux : à propos du récit criminel d’une part, avec un twist attendu et un autre imprévu ; et au niveau de la perception des relations hommes-femmes d’autre part.
Le génie – le terme est adéquat - de l’écriture est de faire coïncider les deux, pour nous faire totalement reconsidérer notre rapport à ce film criminel : alors qu’on le pensait désespérément misogyne, tant le personnage principal semblait mépriser les femmes, qui étaient les victimes de ses blagues, de son agacement et de son dédain, Témoin à charge retourne in fine la situation. Si l’artificialité et la théâtralité de la séquence finale amenuisent la puissance de la révélation, Témoin à charge a l’inspiration de dépasser les archétypes du genre, et notamment celui de la femme fatale (Marlene Dietrich), grande prêtresse et ennemie tutélaire du film noir/policier. Que celle-ci soit à son tour victime étonne, tout en soulignant le caractère égalitariste, et non pas misogyne, de l’avocat (Charles Laughton), et en bout de chaîne, du film.