À quoi pouvait bien ressembler la musique initiale composée par Pino Donaggio ? C’est une question, mine de rien, d’une importance capitale car, après l’avoir rejetée, la production s’est mise en tête de la remplacer par des titres de Dave Brubeck. Des titres expressément réorchestrés mais qui n’ont rien d’une musique de film comme la partition de Miles Davis composée pour Ascenseur pour l’échafaud. Le film ainsi s’ouvre sur un malentendu qu’il ne parvient jamais totalement à dissiper : au jazz très improvisé du musicien va répondre une mise en scène d’un extrême académisme. Une fois le générique inaugural passé, la musique se prolonge et ne se retire pas du jeu quand les personnages commencent à dialoguer. Une faute de goût évidente que de faire se chevaucher un texte particulièrement écrit et une batterie ou une contrebasse qui hoquette un peu au hasard. Pendant vingt minutes, la musique est affreusement envahissante, venant couper tous les effets attendus, restant continuellement en fond lors de dialogues où chaque silence devait avoir un rôle à jouer. Ce point s’améliore par la suite mais, très clairement, la bande originale est une vraie fausse note à l’ensemble.
Car quand le cinéma anglais adapte lui-même Agatha Christie, on aime ces longs dialogues, ces silences, ces parquets qui craquent, ces horloges qui sonnent et ces fauteuils qui crissent. C’est une question d’atmosphère où le jazz, aussi bon soit-il, n’a pas sa place. C’est dommage car autrement l’ensemble est plutôt à sa place avec des acteurs charismatiques en diable, un mystère solide et des paysages naturels remarquables. Peut-être même trop serait-on tenté d’écrire tant le réalisateur semble, peu à peu, s’éloigner du scénario pour se focaliser sur l’ambiance de son film. Un peu comme si cette intrigue n’était qu’un prétexte pour surfer sur les réussites commerciales des récentes adaptations des romans de la reine du policier anglais. À coup sûr, une erreur, car le récit finit par perdre de son intensité et la résolution du mystère manque cruellement de tension. À force de tenter des trucs en termes de réalisation, Desmond Davis dévoile maladroitement son coupable et l’ultime ligne droite du film en est, de fait, gâchée.
Si on excepte ses têtes de gondole devant la caméra, le résultat s’apparente davantage à un téléfilm pépère qui, certes, sait maintenir l’intérêt du spectateur mais qui ne parvient pas à transcender son histoire en la rendant haletante. Certains personnages sont, de toute évidence, sacrifiés pour éviter que l’ensemble ne soit trop soporifique mais les choix sont discutables. D’où cette impression très mitigée : c’est propre et plutôt soigné, mais tout ceci manque cruellement de chair et d’une certaine vision qu’aurait pu apporter un cinéaste plus rompu à l’exercice. Voir la Cannon s’engager dans ce type de productions constitue cependant une véritable curiosité qu’il ne faut pas négliger.