D'abord ce n'est qu'une succession d'images. Des barres d'immeubles, des rues désertes, un vélo démembré…Une série de lignes et de matière où l'humain semble absent. Nous sommes dimanche dans une banlieue mexicaine et des gens vivent bel et bien là…Une mère de famille laisse son fils Flama, seul avec un son ami Moko dans son appartement. Les deux ados sont pour le moins ravis, et suivant un rituel bien établi, s'apprêtent à passer une journée à se défier aux jeux vidéos en buvant du coca et en bouffant de la pizza…
Tel est le début de ce qui semble être une chronique du quotidien et de l'ennui des jeunes dans les cités. Mais c'est sans compter sur les aléas de la vie. Une panne de courant qui empêche nos marmots de passer leur journée à se matraquer la gueule par la console interposée. Une voisine qui a son four en panne et vient s'incruster chez eux. Un livreur de pizza qui arrive avec 11 secondes de retard et qui ne part pas sans avoir été payé. Des petits tracas qui, au final, vont chambouler le quotidien ultra balisé de Moko et Flama. Des solitudes qui se rencontrent et pour une fois se parlent.
Ce petit film mexicain, tourné dans un noir et blanc qui n'aurait pas dépareillé chez Jim Jarmusch (grosse référence du réalisateur qui met le cinéaste américain dans ses remerciements), avance de plus en plus vers des situations drolatiques et le chaos dans un foyer en apparence sans histoire va s'avérer inévitable. Fernando Eimbcke a compris que le meilleur moyen de parler de choses aussi importantes que l'éveil des sentiments, l'incompréhension de l'adolescence, la solitude, ou la crise sociale…est de le faire par un humour décalé et absurde. Il ne s'attarde pas et ne propose ni pathos ni propos lénifiant. Il utilise la durée et le huis clos pour affiner la personnalité de ces personnages, touches par touches. Cinéaste humain et humble, Eimbcke nous dit surtout d'arrêter de se divertir bêtement pour penser et ne pas avoir peur de se retrouver face à soi même (un peu d'herbes mis dans un brownie peut aussi aider à ouvrir ces portes intérieures). La liberté est à ce prix, comme celle d'aller voir ce très joli film.

denizor
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le 9 oct. 2015

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denizor

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