Antoine Lemercier, professeur de grec ancien à la Sorbonne, choriste à ses heures, retrouve après plusieurs années une ancienne camarade de lycée, Lise Tanquerelle, commissaire de police à la PJ dont il avait été, jadis, secrètement amoureux.
Ce sont les termes de l'équation du film qui n'aura qu'une solution ou pas de solution. C'est aussi la première partie d'une comédie policière de Philippe de Broca sur un scénario de Michel Audiard, inspiré d'un roman "le Frelon" , avec beaucoup de liberté, semble-t-il.
On comprendra rapidement, en voyant que Lise est interprétée par une volcanique Annie Girardot et qu'Antoine est interprété par un hédoniste Philippe Noiret, que les deux personnages vont présenter quelques incompatibilités dignes de la Carpe et du Lapin. A Philippe de Broca de nous montrer si cette alliance a une chance d'aboutir.
Cette comédie très réussie repose sur des dialogues d'Audiard finement ciselés, tournant sur les quiproquos de situation. Par exemple, Antoine n'apprenant que tardivement que Lise est une commissaire de police, une catégorie socio-professionnelle qu'un intellectuel sorbonnard ne peut que fuir, ne cessera pas d'accumuler les gaffes.
La réalisation du film mêle adroitement des scènes tendres (à Honfleur) avec des scènes d'action trépidante (en voiture), des scènes paisibles (dans le jardin de Lise) avec des scènes policières. On finit par y croire à ce (vieux !) couple improbable.
Le tandem Noiret/Girardot est efficacement secondé par un excellent casting de bons seconds rôles :
Catherine Alric en sémillante jeune fille qui choisit ses protecteurs exclusivement parmi les députés dont elle possède un catalogue ...
Raymond Gérôme dans le rôle du directeur de la PJ essentiellement préoccupé par sa remise de légion d'honneur "pas de vagues", "A huit jours de ma cravate"
Paulette Dubost et Simone Renant en truculentes mère et tante de Lise.
Hubert Deschamps dans le rôle d'un concierge dévoué ...
Roger Dumas en inspecteur de police, principal adjoint de Lise, qui s'estime quelques droits sur elle, vertement découragé par un collègue "tu sais, n'aie pas de regret, une femme comme ça, ça ne doit pas être marrant tous les jours".
Georges Wilson en bouillant et pérorant député, protecteur de cœur de la charmante Catherine Alric
Et pour finir, l'inénarrable Guy Marchand en minable "dragueur du samedi soir", tout aussi minable inspecteur de police, plutôt habitué du billard de la salle Wagram.
Même si je trouve que la suite "On a volé la cuisse de Jupiter" est peut-être encore meilleure, ce qui est inhabituel pour un deuxième opus, je trouve "tendre Poulet" tout-à-fait excellent avec ce tandem improbable Noiret/Girardot. Le comique n'a rien de burlesque. On n'y rit pas à gorge déployée mais on sourit souvent et on déguste avec plaisir les dialogues d'Audiard.
Et pour finir, justement, je ne résiste pas à l'extrait d'un cours de grec ancien dispensé par Antoine Lemercier (Philippe Noiret), phrase "choisie" par Audiard, très provocatoire aujourd'hui ...
Ce que je traduirais librement par : Dieu, préservez-nous des femmes. Dans les bons jours, elles sont insolentes, et dans les mauvais, un fléau pour la cité