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Non, je ne l'ai pas revu. Défendre Terminator... Défendre Terminator 3, je veux bien, là y a du challenge, mais The Terminator, rien que le titre, c'est la moitié de la planète qui s'incline...
le 23 août 2012
« The Terminator » à cela d’important, c’est que c’est la première vraie réalisation James Cameron, qui fût limogé très rapidement de « Piranhas 2 » l’année précédente. Il cosigne le scénario avec Gale Ann Hurd, qui occupe également le poste de productrice. Reflet d’un idéal de Cinéma, « The Terminator » pose les bases solides d’un cinéma qui se veut novateur, oscillant entre divertissement et regard critique d’une société en pleine mutation. Terreau expérimental du Cyberpunk, sous-genre de la S-F alors en développement, il ouvre ainsi une brèche pour d’autres artistes, qui peuvent s’y engouffrer. De plus, si, en 1984 le cinéma d’Action n’en est pas à ses débuts, il trouve néanmoins ici quelques-unes de ses lettres de noblesse. À travers une œuvre balise, indiquant le chemin à suivre.
Le métrage se montre terriblement généreux, avec des situations aussi variées que des courses poursuites en voiture, des fusillades, une violence crue et ce qui fera la marque de fabrique de la franchise : des cascades spectaculaires avec des camion qui explosent. Mention toute spéciale à la scène, devenue culte, du commissariat, et le premier emploi du légendaire « I’ll be back », qui deviendra la punchline d’Arnold Schwarzenegger. Une séquence qui à elle seule fait, comme on l’apprend dans la suite, plus de soixante-dix victimes… Oui, une chose est certaine, « The Terminator » ce ne fait pas vraiment dans le détail.
Issu d’un autre temps, James Cameron utilise la technologie à sa disposition, les effets spéciaux numériques n’étant pas encore vraiment au point. Cela donne au métrage l’aura d’une œuvre artisanale. De l’animation image par image, des animatroniques, des maquettes ou encore des miniatures, tout sent-bon la débrouille dans un film qui n’avait pas un énorme budget. C’est toute une association de talents, qui, additionnée au charme des 80’s, fait des miracles. À l’instar des séquences situées dans le futur, dont la grâce si particulière est assurée par l’utilisation de Mate Painting. Ces peintures ultraréalistes servaient d’arrière-plan, avant l’avènement du fond vert. À cela s’ajoute le score légendaire de Brad Fiedel, avec ses synthés à la résonance terrifiante et inimitable, et vous obtenez tout ce qui compose un chef-d’œuvre.
De l’aveu de James Cameron, il a eu l’idée du film suite à un rêve fiévreux, alors qu’il était malade à Rome, et mal en point durant l’expérience désastreuse que fût le tournage de « Piranhas 2 ». Et c’est exactement ce rendu qu’il enveloppe dans son œuvre : une atmosphère de cauchemar, une ambiance apocalyptique qui culmine dans un climax sombre et pessimiste. Tout cela se retrouve incarné dans la créature incarnée par Schwarzennegger, un monolithe épuré de toute émotion, dénué de conscience et d’empathie, programmé pour une seule tâche : tuer. C’est absolument terrifiant, surtout que cette machine est indestructible, et ne s’arrêtera sous aucun prétexte, tant qu’elle n’aura pas rempli sa mission. Si vous vous êtes déjà fait poursuivre inlassablement dans un cauchemar, vous connaissez le sentiment.
« The Terminator » c’est basiquement une histoire de voyage dans le temps, et faut pas trop chercher à comprendre le pourquoi du comment. Mais ce n’est pas grave, car l’important n’est pas là. L’important est que deux Sarah Connor ont été assassinées en moins de 24h, et personne n’a pensé mettre la troisième sous surveillance. C’est même à la télé qu’elle découvre l’assassinat de ses homonymes. C’est bien simple, durant tout le déroulé du récit, la police ne sert à rien, et ne comprend, contrairement à Kyle Reese, humain venu du futur pour protéger Sarah. Même si OK, l’histoire du robot arrivé du futur pour tuer une femme afin de l’empêcher d’engendrer le héros de la Résistance face aux machines, c’est un peu dure à avaler.
Néanmoins, il y a quand même un paquet d’indices convainquant qui montrent que Sarah et Kyle font face à un véritable danger. Mais la Police n’agit pas et reste un témoin distancé des enjeux qui prennent place au cœur du récit. La preuve la plus éloquente est celle ou le psychiatre de garde, qui n’en a, mais alors rien à foutre, voit en Kyle juste un cas d’étude qui serait un gros coup pour sa carrière. Résultat, l’Institution se fait balayer en quelques minutes par le Terminator, lors d’une séquence forte, loin d’être anodine, qu’est l’épique fusillade du commissariat, l’un des moment clé du film. Non pas tant par son aspect spectaculaire et violent, même si un peu, mais pour toute la symbolique qui s’en dégage.
Ce que vient dire cette séquence, c’est que les machines ont déjà pris le contrôle. Ce contre quoi se battent Sarah et Kyle est déjà en action. Non pas dans le futur, mais bien en 1984, à Los Angeles. C’est à ce moment que le film bascule, passant d’une petite production S-F., à une œuvre Fantastique intelligente et visionnaire. James Cameron est avant tout un auteur, un cinéaste avec le sens du détail, qui ne laisse rien au hasard. Pour exemple, les flingues et les robots qui apparaissent dans les flashbacks du futur, sont designés par lui-même. En passionné d’armes à feu, il en fera de même pour « Aliens » ou encore « Avatar ».
« The Terminator » porte l’empreinte reconnaissable, et toute personnelle de son cinéaste, qui y dépose un petit message, résonnant particulièrement fort plus de 40 ans après sa sortie, puisque ce que dit basiquement le film c’est : « Attention, la technologie, tout ça, c’est bien, mais attention. Ne faudrait pas en faire n’importe quoi. ». Et en antifédéraliste qui se respecte, Cameron rend dans son œuvre une image de l’Institution des plus critiques. Le tout se fait à travers une lucarne ouverte sur notre potentiel futur, et ses excès annoncés. Il suffit de voir les avancées de l’I.A robotique, pour réaliser qu’on se dirige tout droit vers ce futur peu rassurant. C’est d’ailleurs déjà partout dans notre quotidien. Ordinateur, smartphone, tablette, enceinte connectée, Alexa… Et tant d’autres. L’humanité est déjà en train de se reposer sur ses créations, de plus en plus intelligentes, donc de plus en plus indépendantes.
Avec son film, James Cameron part du principe que les lois de la robotique établies par l’écrivain Isaac Asimov sont caduques, et, comme ce dernier, il s’amuse avec ces règles obsolètes. Il avertit, sans jamais oublier un instant de divertir, sur un probable abus de la technologie, qui pourrait se retourner contre l’humanité. Le fait d’ancrer son récit dans la contemporanéité de 1984, l’inscrit de fait dans l’actualité, qui est désormais un passé alternatif, avec un pied, à la fois dans le futur cataclysmique de 1997, et dans celui de la guerre contre les machines en 2029. Ce futur est présent dans le film au travers des flashbacks issus des souvenirs traumatiques de Kyle Reese.
Ce qui est évoqué dans « The Terminator », c’est ce qui est voué à se produire dans nos quotidiens, puisque ça s’y passe déjà. Le passage au XXIe siècle a confirmé certaines craintes présentes dans le métrage. Depuis le début des années 2000, nous vivons un boom technologique sans précédent, et aujourd’hui c’est la première fois dans toute l’histoire de l’humanité où les générations à venir seront moins intelligentes que les générations précédentes. La race humaine amorce une régression, un constat alarmant, qui est malheureusement un fait avéré, puisque de nombreuses études scientifiques sérieuses vont en ce sens. Cela reflète l’importance que nous donnons aux machines et aux intelligences artificielles, auxquelles nous confions la gestion d’une énorme part de notre quotidien, devenant de fait totalement dépendant de ces dernières. Quelque part, elles ont déjà gagné.
Attention, ce n’est pas ici une critique morale, qui serait hypocrite, puisque cette chronique est écrite, enregistrée et montée sur un ordinateur, non pas du tout, car il y a bien entendu également du bon dans tout ça. Ce sont une fois de plus les excès qui rendent dangereuse l’arrivée de nouvelles technologies. Et c’est arrivé très vite, avec peu de temps d’adaptation, de préventions et surtout aucun moyen de connaître l’impact que cela aurait. Beaucoup de challenges restent de fait en suspens pour les années à venir, alors que nous prenons conscience des dangers que la technologie engendre.
Aujourd’hui, une grande partie de l’humanité, et quasiment tout l’Occident se reposent beaucoup trop sur une technologie créée par elle-même, et qui plus est à son image. Une capacité de stockage plus importante que n’importe quel cerveau, la préservation du patrimoine culturel mondial, par la numérisation des données, tout est stocké, tout est analysé, tout est sauvegardé quelque part, avec des serveurs gigantesques, dont l’impact écologique est aussi une réalité. Mais la vraie question, pour en revenir à « The Terminator », parce que c’est de ça qu’on parle à la base, c’est de savoir si, demain, une I.A se retourne contre son créateur, que se passera-t-il ?
Et bien, le film de James Cameron nous offre une réponse possible à cette question, sur un ton très pessimiste certes, mais qui n’oublie pas de traduire une grande part d’humanité, ce qui est là une autre marque de fabrique du cinéaste. Il croit en l’intelligence du genre humain, capable de réagir avant qu’il ne soit trop tard, et qu’il ait à faire face aux machines intelligentes, une crainte très présente dans les années 80. L’envoi du Terminator pour éliminer Sarah Connor, est dû au fait que les machines perdent la guerre. Tout ce qu’elles ont trouvé pour changer la donne, c’est de modifier le passé. Ça commence ainsi avec une lueur d’espoir, et le reste appartient à Hollywood : une histoire humaine au cœur d’un récit Fantastique, un robot tueur, des gunfights, des explosions et une morale mesurée.
Car c’est ça, James Cameron, un éminent cinéaste capable de placer une profonde intelligence dans ses réalisations. Ce n’est jamais ni blanc ni noir, c’est, tout simplement. Face au désespoir, qui apparaît total, il propose des personnages dressés contre l’obscurantisme, refusant toute fatalité. C’est le cas de Kyle Reese, un soldat du futur, et de Sarah Connor, une serveuse de fast food, qui se retrouve garant de l’avenir de l’humanité, rien que ça. « The Terminator » c’est une œuvre virtuose, alliant à la perfection le divertissement à une S-F au propos réfléchi, qui fait écho à notre quotidien, aux excès visibles de l’industrialisation, aux risques technologiques, ainsi qu’aux questions sur notre futur. Ces dernières restent forcément en suspens, puisque le futur a ça de magique : il ne s’est pas encore produit.
-Stork_
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