« Terminator Salvation », réalisé par McG et sorti en 2009, est un film plein de bonne volonté et remplit de bonnes idées, parfois jouissives et particulièrement entrainantes. Il tente toujours de rester respectueux au maximum de l’univers élaboré par James Cameron. Il inclut même le troisième volet dans la mythologie, puisque le personnage de Kate Brewster, la femme de John Connor, y est présent. Il avait en outre été proposé à Claire Danes de reprendre son rôle, ce qu’elle a refusé. On est donc bien ici dans une quatrième suite très directe.
Sur un mode beaucoup plus action que les précédents, « Terminator Salvation » fait de l’histoire du futur, dont il est question depuis le premier volet, une réalité. Davantage dans l’air du temps, il est tourné en numérique, avec une photographie gritty héritée de « Saving Private Ryan », qui, en 1998, donnait de nouveaux codes au Film de guerre, encore en usages aujourd’hui. Car oui, plus qu’un film d’action, « Salvation » se veut une œuvre de guerre futuriste. Exit donc les questionnements théoriques sur l’avènement des machines, cette fois, on est plongé dans le futur apocalyptique, où les humains luttent pour leur survie. À nouveau, les évènements du 2 n’ont servi à rien et la guerre entre Hommes et Machines a bien eu lieu.
Cette suite parvient à prendre une orientation originale, avec son univers sombre, pessimiste, et étouffant, où l’espoir se fait rare, bien qu’il ne soit jamais très éloigné. Son absence d’humour et une photographie crasseuse permettent en plus de présenter un futur post cataclysmique tel que décrit dans les précédents opus. Elle se forge une identité propre, s’appropriant au passage toute la mythologie de la franchise « Terminator » avec une véritable volonté de ne pas renier ce qui a été fait avant. Du moins pas frontalement, car le film parvient à exister de lui-même, et fut prévu pour être le premier d’une nouvelle trilogie. Il adapte donc ainsi l’univers à ses ambitions.
Même si c’est parfois un peu raté, les nombreux clins d’œil permettent au métrage de tisser des liens avec la trilogie préexistante. On retrouve ainsi la photo de Sarah Connor, celle prise à la fin du premier film, qui sert à Kyle Reese d’identifier la mère de John Connor. Et il y a la présence des notes écrites et audio de Sarah Connor, qui permettent également de bien faire le pont avec la conclusion de « The Terminator ». Et pour les petits hommages maladroits, il y a le caméo un peu moisi d’un Schwarzenegger vintage en image de synthèse, lors d’une baston entre John Connor et un T-800 flambant neuf, fraîchement sortie de l’usine. Le visage de Schwarzy a ainsi été collé numériquement sur le corps d’un bodybuilder random, mais le chêne autrichien n’a aucune implication de près ou de loin avec ce « Terminator Salvation », seul volet de la franchise dans lequel il n’apparaît pas.
Le film de McG reprend les personnages iconiques des premiers opus, avec un Kyle Reese adolescent et un John Connor chef de guerre. Cela permet la mise en place de tout un arc narratif pas inintéressant entre les deux, puisque John est au courant que Reese est son père. Il est donc tiraillé entre le retrouver, le préserver, et l’envoyer à sa perte dans le passé pour protéger sa mère, sans quoi il ne pourra pas exister. Autant dire que John Connor vit une crise existentielle carabinée, entre mener la Résistance contre les machines, et en même temps s’assurer de sa naissance. Et encore une fois, il ne faut pas trop réfléchir avec ces histoires de voyage dans le temps, et accepter ce qui nous est proposé sans trop se poser de question.
Parce que oui, c’est là où le film bégaye. Dans « The Terminator », le fait que Kyle Reese soit en fait le père de John Connor, ça fonctionne car le voyage dans le temps est un élément hyper secondaire. Cela permet un retournement de situation inattendu, qui n’est pas sans rappeler la nouvelle « All You Zombies » de Robert Heinlein, publiée en 1959, et qui traite du paradoxe temporel. Comme « The Terminator » nous est contemporain, il s’avère facile de mettre de côté notre incrédulité, afin d’accepter ce twist très Science-Fiction. Par contre, baser toute l’intrigue d’un film sur ce fait, c’est un peu plomber la magie. Puisque là, on a à faire à un John Connor limite nervous breakdown, et tout ça devient trop réaliste, donc très peu crédible.
John Connor est ici abordé telle une figure christique, au point même d’être qualifié de « prophète » par certains. Et comme pour « Terminator 3 », McG baigne son film dans une ambiance chrétienne nauséabonde, où les personnages ne sont au grand jamais maîtres de leurs destins. Kyle Reese est appelé à devenir le père de John, et il ne peut rien y faire. John Connor est appelé à devenir le grand chef de la Résistance, et il y est contraint. Quant au troisième protagoniste, Marcus Wright, il n’est présent dans le film que pour sauver le prophète Connors. La fatalité est ici motrice du récit, ce qui gâche toute surprise et délivre une fin attendue, où tout est établi pour que John Connor puisse accomplir sa destinée.
Le personnage est de plus peu aidé, il est vrai, par le jeu particulièrement mauvais de Christian Bale, qui a aucun moment ne donne l’impression d’avoir envie d’être là. Pour l’anecdote, il ne voulait d’ailleurs pas jouer dans le film, estimant que McG n’était pas un cinéaste au niveau de l’ambition du métrage. Ce qui est vrai, McG est un réalisateur moyen, qui n’est pas au niveau de l’ambition de « Terminator Salvation », un projet d’envergure, puisqu’en 2009 c’était la production indépendante la plus chère jamais réalisée, avec 200 petits millions de $. Au départ il avait été proposé à Bale de jouer Marcus, le personnage central du récit, mais il fut plus intéressé par John Connor.
Et il est vrai que la dramaturgie derrière l’arc de John est formidable, puisqu’il doit envoyer son propre père dans le passé, tout en sachant qu’il va se faire tuer, et s’il ne le fait pas, il ne peut pas exister… Toujours est-il que John Connor était au départ un tout petit rôle, présent à la fin du récit. Mais vu que Bale voulait le jouer, les scénaristes l’ont étoffé superficiellement, ce qui explique pourquoi il ne fonctionne pas. De plus, la partition de Bale est tellement peu inspirée qu’il se fait voler la vedette par un Sam Worthington pré « Avatar », pourtant loin d’être un acteur béton. Ce dernier parvient toutefois à créer de l’émotion avec le rôle casse-gueule de Marcus, qui apporte une réflexion plutôt intéressante sur l’humain augmenté.
Attention, je vais spoiler, mais, en 2009, la Bande-annonce le spoilait déjà, donc est-ce vraiment du spoil ? Marcus est un Terminator qui l’ignore, un modèle hybride spécial créé pour infiltrer les humains. Son cerveau et son cœur sont préservés, mais le reste est une machine. Malheureusement, la thématique est peu explorée, bien qu’elle offre un angle nouveau pour la saga. Mais le scénario n’est jamais à la hauteur. D’ailleurs, il est signé par John Brancato et Michael Ferris, les deux plumes derrière celui de… « Terminator 3 ». Ces deux branques sont également à l’origine du « Catwoman » de Pitof, et sévissent en tandem depuis les années ’80. Leur seul fait d’armes notable est “The Game” en 1997, un excellent exercice de style sublimement mis en scène par David Fincher. Mais bon, là il y avait du talent derrière la caméra.
Si, objectivement le film se foire sur de nombreux aspects, il est difficile d’en dire du mal avec véhémence, pour ça, il faudra attendre le 5… Derrière ce petit plantage, il y a une volonté honnête d’apporter de la fraîcheur dans la saga, tout en évitant la redite, comme l’était le trois. « Terminator Salvation » existe pour de bonnes raisons, et ne semble pas chercher à capitaliser simplement sur la marque. Il en respect certes la formule, comme avec la traditionnelle poursuite en camion. Mais il est une extension des scènes du futur présentes dans les premiers volets, avec des Terminator lâchés dans la nature à la recherche d’humains à trucider. Il y a de nouveaux robots, de nouvelles machines, une humanité réduite à du bétail et des thématiques nouvelles qui se placent néanmoins dans la continuité dans la saga.
Mais alors, qu’est-ce qui ne fonctionne pas dans « Terminator Salvation » ? Et bien, pour commencer, c’est surtout la faute à une réalisation plate, qui ne trouve jamais le souffle épique nécessaire, et ce, malgré une production design des plus réussie. S’y ajoute le manque d’implication de l’acteur principal. Censé porter le métrage, il plombe chaque scène où il apparaît. Et puis, tout simplement, la franchise n’a plus grand-chose à offrir, et souffre de la comparaison avec « Judgment Day », qui reste et restera l’œuvre ultime de l’univers Terminator. Tout ce qui était développé dans le premier film y trouvait une conclusion, et à la fin, les machines sont vaincues, SkyNet est hors d’état de nuire et toutes les recherches de la firme sont détruites. C’est terminé. Le sacrifice ultime du T-800, dans un final très western, avec le héros qui disparaît une fois sa mission achevée (dans le soleil couchant, ou dans une cuve de métal en fusion, c’est pareil), mettait un terme à cette histoire.
Et c’est tout simplement ça le problème, après « Terminator 2 », et bien il n’y a plus rien à raconter de vraiment intéressant. Ou alors, il faut prendre une orientation radicale, comme a su le faire « Terminator Dark Fate » en 2019, qui voyait le retour de James Cameron dans la franchise. Après, « Terminator Salvation » ce n’est pas un échec total et d’ailleurs, il a tout de même rapporté 371 millions de $ au niveau mondial. Bon, par contre, il s’est planté aux U.S.A avec seulement 125 millions recette. Mais c’est au niveau artistique que ça pêche, car au-delà d’une volonté authentique de présenter un futur apocalyptique alternatif, appelé à changer par l’envoi de Kyle Reese dans le passé, et bien ça veut dire que tout ce que l’on voit existe dans une réalité altérée. Cela fait que les enjeux sont… Ben il n’y a pas d’enjeux en fait.
Comme toutes productions traitant de voyage dans le temps, ça devient vite compliqué à suivre. D’une dizaine de minutes au cumulé dans « Terminator » 1 et 2, proposer un récit de 2h, se déroulant dans un univers qui ne peut plus exister, puisqu’il a été modifié en 1995, avec les évènements du 2, et bien forcément, ça coince. Il devient difficile de croire à ce nouvel univers, qui ne réserve plus aucune surprise. Présenté davantage comme un reboot qu’une suite, « Salvation » devait amorcer une trilogie centrée sur Kyle Reese, qui devait s’achever par son voyage vers 1984, permettant d’enchaîne ensuite la trilogie existante. L’échec a tué le projet dans l’œuf, mais surtout, la question qui se pose, est, est-ce intéressant de se focaliser sur des évènements qui ne peuvent pas s’être produit ? Haaaaaa les paradoxes temporels.
Au final, « Terminator Salvation » ça demeure tout de même une œuvre agréable à regarder, surtout pour son côté grand spectacle. C’est un divertissement rythmé, bourré d’action, plein de baston, avec des Terminator en veux-tu en voilà, des scènes de guerres bien emballées, comme celle de l’hélicoptère au début qui en envoie plein la vue. Même si l’ensemble s’avère faiblard et surtout inutile, c’est la garantie d’un bon moment de cinéma pop corn, qui permet de débrancher le cerveau pour deux heures, et n’est-ce pas là, finalement, son objectif principal ?
-Stork_