Ma vraie motivation pour voir ce film était la présence de Melvil Poupaud, excellent acteur hélas trop rare au cinéma, l’ayant déjà loupé cette année dans « Fou d’amour » de Philippe Ramos.
Même si sa prestation y est très habitée, « Tête baissée » ne marquera pas l’année 2015. Le sujet est audacieux (les réseaux de prostitution des pays de l’est qui inondent ceux de l’ouest), le montage du projet tout autant (coproduction Bulgare et Française), la forme en docu-fiction également.
On ressent d’ailleurs une vraie recherche journalistique, dans les éléments décrits et dénoncés, l’articulation des réseaux mafieux, la misère ambiante de celle qui pousse certaines familles à sacrifier leurs enfants, le rejet de la population tzigane… La première partie est d’ailleurs assez réussie pour cela. Moins convaincant est l’attachement qui lie Samy (un français qui trafique dans le pays) et Elka la prostituée mineure. Compassion de la part de Samy au point de sacrifier la virginité d’une autre jeune fille ? Bizarre procédé. D’autant plus que Samy souhaite avant tout sauver s peau, il est dans un état d’angoisse permanent où l’altruisme (dans la vraie vie) en devient secondaire. Quant à la dernière partie du film, il y règne une telle confusion entre le croisement des actions, les allers et retours divers, que le film en souffre sérieusement, sentiment renforcé par cette fin purement et simplement tronquée.
Quelques scènes fortes toutefois suscitent un bel intérêt (celle de la plage, la boîte de nuit où Elka vit quelques instants d’une enfance volée, la 1ère rencontre avec la commissaire ou Snejana, le dernier café) elles tiennent principalement à des moments plus feutrés où Kamen Kalev (qui révèle un vrai potentiel) parvient à insuffler un sens à l’histoire et une belle sensibilité.