6.7 pour un captivant tour d’Europe en compagnie de Rami, dont les intentions comme l’exécution se révèlent tantôt brillantes, tantôt faillibles, et condamnent ainsi le film à plafonner sous le 7 du film convaincant, sans fautes mais un peu lisse qu’on se dit “à revoir”.
On est sur un thriller de vengeance déclenché de façon classique et violente. Pas non plus à la John Wick, mais avec plusieurs tartines très préparées. J’ai en effet larmiché, car la réalisation mène bien sa barque – surtout avec l’aide de l’inimitable Rami – mais on en voit quand même un brin trop les ficelles.Pour le dire autrement, pour moi ce film est un peu un “oui, mais…”.
Oui Rami Malek nous offre une fois encore cette expressivité émotionnelle qui lui est propre, et qui à titre personnel me boxe le palpitant avant de siphonner mes lacrymales tant elle me parle et me semble juste ; ce, malgré sa singularité, fort éloignée des conventions.
Mais, il y a ce truc frustrant de lui proposer l’espace pour performer, puis de le gâter comme un soufflé prometteur qui retombe.
Alors, peut-être que dans la vraie vie, en effet, il n’aurait pas non plus eu l’espace de tout livrer comme moi, spectateur, je le souhaiterais. Mais dans ce cas, il faut donner à ces vagues brisées un sens. Et assurer que ces interruptions soient subies par d’autres aspects du film.
Ce qui est le cas des exécutions (couic), dont on n’a pas le temps de profiter, parce que les traques (celle de Charlie et celle contre Charlie) n’attendent pas. Sur ce point donc, c’est assez cohérent. Peut-être que ces vagues brisées ont un sens. Ou tout du moins l’intention d’en avoir. Mais peut-on vraiment le saisir si on ne prend pas le temps de bavasser dessus par la suite comme je le fais ?
Il y a un truc qui me froisse dans le rythme, entre ces moments quasi-contemplatifs (donc lents) et ces moments d’intensité (d’action, d’émotion, ou les deux) qui se font systématiquement tacler.
Au final, même si l’intention est brillante, l’exécution reste insatisfaisante.
À nouveau sur l’exécution : l’intelligence du personnage. On nous la dit, on nous la promet, mais on ne la voit pas tant que ça se construire de façon crédible ; elle apparaît juste, pouf, quasiment comme un deus ex machina : on n’a factuellement pas pu voir venir dans l’action, mais évidemment qu’on savait tout de même que ça surviendrait.
Du coup, sur la partie psychologie, on nous build quelque chose qu’on nous ôte, et ça fait “Oh…”. Et sur la partie intrigue, soit on nous donne tout direct (puisqu’on le sait depuis la bande annonce), soit on ne nous donne rien du tout, jusqu’à tant que chaque nœud se résolve, et ça fait “Ah…”.
Pas sûr qu’il eut fallu pousser le côté “regardez comme on est smart on explique tout du génie de notre personnage” qui n’a pas grande saveur et fait à mon sens le défaut de profondeur des genres espionnage / casse (dont même les versions renouvelées à la Lupin souffrent). Ça, on en est épargné, et c’est bien.
Par contre, je regrette de voir le film jalonné de plusieurs démonstrations en mode Agatha Christie, où tout est savamment occulté jusqu’à révélation. Et ça, c’est non, parce que ça m’a un peu privé de faire le cheminement simultanément au personnage, donc d’être aligné sur lui lors du dénouement.
Ainsi, je me retrouve à devoir reconstruire la partie psychologique dont j’ai été privé. Devoir l’intellectualiser, a posteriori, plutôt que le vivre, porté par la narration, me force à mon tour, à le priver d’un point supplémentaire que j’aurais vraiment voulu pouvoir octroyer à ce film de James Hawes, dont j’avais déjà beaucoup aimé One Life.