Suite à des désaccords créatifs entre Sony et Sam Raimi au sujet de la suite tant attendue de Spider-Man 4, le réalisateur claque la porte et le studio décide de rebooter l’univers Spider-Man, dans une optique non camouflée de proposer une version plus sombre et adulte du personnage – pour se rapprocher de la saga des Dark Knight de Nolan ?
Le studio fait appel à Marc Webb, peu connu puisqu’il n’a réalisé qu’un seul film, 500 Days of Summer, qui, malgré son succès critique et public. Un film sans prétention autour d’une histoire d’amour. Le réalisateur est donc largué sur un film de super-héros, pas n’importe lequel, au budget avoisinant les 230 millions de dollars. L’histoire du cinéma n’est pas de son côté : un film d’une telle ampleur requiert une certaine maîtrise que peu de réalisateurs ont su avoir démontré. Et lorsqu’il s’agit d’adapter les aventures du super-héros le plus rentable de l’Histoire, cela peut faire peur.
Mais le pari est réussi. L’araignée obtient son quatrième film en proposant à la fois du recyclé et quelque chose de nouveau. Avec le recul, c’est aussi plaisant de constater que ce sera le dernier film issu de l’univers des comicbooks de Marvel ne succombant pas à leurs marvelleries sans limites initiées par Iron Man.
Marc Webb réécrit les origines du héros en optant pour une version plus proche des comicbooks originaux : exit les toiles organiques, place au mécanisme et donc au risque de tomber à court de toiles, procédé qui sera utilisé dans chacun des films de Marc Webb. Le réalisateur s’amuse avec le personnage, à lui faire découvrir ses pouvoirs, à montrer un personnage qui hurle littéralement de joie en apprenant de ses capacités. Et c’est là qu’on perçoit quelque chose de neuf : Andrew Garfield, son interprète, qui ne se cache pas d’être un grand fan du héros depuis tout petit, montre son amour du héros tout le long du film. On le voit prendre plaisir à incarner le tisseur, tel qu’il le connaît si bien. On ressent sa joie lors de ses premières voltiges à travers New York et sa joie lors de la scène du skateboard, qui lui sert d’expérimentation de ses nouvelles capacités.
Pour cette nouvelle itération, on note plusieurs divergences. Le super-héros est plus arachnéesque que jamais : il se positionne, se déplace, grimpe, combat comme on percevrait une araignée humanoïde se comporter dans notre imaginaire. Spider-Man est plus gymnaste et souple que jamais et on prend un malin plaisir à le voir se balader et sautiller dans tous les sens lors des scènes d’action. Si Raimi montrait un savoir-faire brillant dans sa maîtrise de la mise en scène de l’action, Webb, à la filmographie beaucoup plus faible, se débrouille avec sa caméra souvent avec simplicité, parfois avec ingéniosité (la scène de Stan Lee qui restera dans les annales de ses meilleurs caméos).
Là où l’on perçoit tout ce qui fait Marc Webb, c’est dans l’écriture de l’histoire d’amour entre Peter et Gwen. Plutôt que de choisir la progression lente, on voit les sentiments des deux personnages émerger rapidement, relativement brusqués par la mort de l’oncle. Si tout cela va relativement vite, c’est toujours dans le ton et l’essence du personnage qui doit vivre avec ses responsabilités et ses relations avec ses proches. Gwen n’est pas non plus seulement la love-story, elle a son caractère, se montre courageuse et tiraillée entre son amour pour Peter et son père, policier, qui traque le héros. L’accent y est d’ailleurs mis : Spider-Man, qui semble être un héros pour le citoyen commun, est une menace pour la police.
Pourtant, Webb l’a compris, tout comme Raimi l’avait compris avant cela, avant d’être un super-héros, Spider-Man est un héros, le « friendly neighbourhood Spider-Man », qui sauve la veuve et l’orphelin. On le voit à la rescousse de simples habitants de New York, ce qui donnera suite à une scène quelque peu forcée et patriotique, auquel le héros est habitué dans ses adaptations. Le fameux patriotisme américain sans limite. Mais qui résulte en une scène de voltige nocturne des plus saisissantes, accompagnée de la composition de James Horner, qui propose pendant tout le film une bande originale mémorable et épique, probablement la dernière que l’on aura dans le genre au cinéma avant Man of Steel. On n’oubliera jamais la bande son de Danny Elfman, mais on reste satisfait de celle de James Horner, qui rend honneur avec aisance à cette adaptation.
Ces scènes de voltige sont d’ailleurs critiquables : elles donnent la sensation de ne pas savoir sur quel pied danser : entre plan rapproché, grand plan et vue subjective, on ne sait pas trop ce que cherche le réalisateur. La vue subjective était d’ailleurs la séquence complète de la première bande-annonce et l’on regrette que le cinéaste ne l’ait pas plus utilisée. Ce mélange de prises de vue, on le note surtout sur la fin du film et le combat final avec le Lézard.
Quelques mots sur le Lézard qui, sans être un vilain de base, propose ses propres motivations. C’est un coup de souffle après et avant les innombrables films de super-héros qui ont précédé et suivront le film. Le Dr Connors cherche à guérir les humains. Pas de chance, sa petite toxine a la vertu de rendre agressif et ce qui semblait être une intention louable tourne à l’horreur, un plan malfaisant et transformer tout New York en lézard. Mais, comme on en a l’habitude, le destin du vilain proposera sa rédemption, sauvant même au passage le super-héros d’une chute de la tour d’Oscorp.
On pourra reprocher beaucoup de choses à ce film : notre héros qui se démasque toutes les dix minutes, le recyclage (quoique légèrement modifié) du scénario du premier film de Raimi, un vilain peu marquant visuellement discutable, mais on pourra aussi lui attribuer ce qu’il mérite : la performance de Garfield et de Emma Stone, des effets mélangeants numériques et spéciaux réussis et une scène de voltige finale obligatoire qui fait toujours autant rêver. Mais on garde un arrière-goût amer : les intrigues entamées du film et non conclues. La première, c’est la scène d’introduction avec les parents de Peter qui ne donneront finalement rien. On en verra un peu l’évolution dans sa suite mais l’intrigue est parfaitement oubliable et inutile dans la suite du film. La seconde, c’est la vendetta de Peter contre le tueur de son oncle, que le réalisateur mettra en scène quelques minutes avant de la mettre aux oubliettes : d’un Spider-Man qui fait la une, de manière explicite, comme d’un personnage en recherche de vengeance, on passe à un héros protégeant les citoyens de New York. Dommage, l’histoire aurait pu être intéressante, d’autant plus étirée sur plusieurs films.
Si Marc Webb ne réussit pas à faire oublier les films de Sam Raimi, et si l’on se souviendra encore de ces derniers dans 20 ans plus que des premiers, le cinéaste réussit à proposer quelques petites choses nouvelles dans ce qui semblait être une facilité du studio pour recommencer une saga aux potentiels milliards de bénéfices.