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Youth without truth
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le 9 oct. 2024
La sortie de The Apprentice, à un mois de la présidentielle américaine, ne doit évidemment rien au hasard : ce biopic consacré aux années de formation de Donald Trump vient apporter sa pierre à l’édifice d’une communication déjà saturée, et tenter, comme si c’était encore possible, de révéler la face sombre du candidat pour une deuxième mandat à la Maison à la Blanche.
Le cinéaste Ali Abassi a beau changer de registre à chaque film, ce nouvel opus poursuit son obsession pour les monstres : fantastiques dans Shelley et Border, pervers dans Les Nuits de Mashhad, en voici donc le versant politique et financier, émanation directe d’un monde capitaliste se gargarisant d’être la première puissance mondiale. Abassi embrasse pleinement toute la codification du biopic, non sans un certain académisme, pour restituer le New York des 70’s et donner à voir le terreau des affaires immobilières dans une ville encore gangrenée par la misère et l’insécurité.
Comme le titre l’indique, le récit est avant tout initiatique, et décrit la relation entre Trump et Roy Cohn, un avocat charismatique aux méthodes douteuses qui va former le futur magnat. C’est l’intérêt du film – un duo de comédiens assez imparables, et une ascension fulgurante restituée avec vigueur - mais c’est aussi sa limite, l’écriture se bornant souvent à une sorte de manuel expliquant d’où proviennent les traits de caractère d’un homme que la planète a désormais le malheur de connaître.
Abassi, dans l’ombre d’un Scorsese, voudrait se brancher à ces années de faste et la fièvre des affaires, alternant entre coups tordus, procédures judiciaires et jouissance immédiate sous les flots de dollars. Cette alliance entre l’abondance et le dégoût, la réussite et le pourrissement moral génère une imagerie assez maîtrisée, mais qui semble toujours pasticher ce qui a pu être déjà (mieux) fait auparavant, jusqu’à une certaine gratuité dans l’expérience visuelle. Passer à l’image vidéo pour les années 80 déshumanise certes encore davantage les figures et contribue à enlaidir davantage l’empire en pleine expansion, mais ressemble surtout à une coquetterie que n’aurait pas reniée le protagoniste. Abassi, toujours à l’aise lorsqu’il s’agit de filmer l’excès, ne se refusera aucune séquence, et vire, comme pour Les Nuits de Mashhad, à une certaine complaisance, notamment dans la reconstitution d’un viol conjugal qui fera forcément beaucoup parler.
Alors que le Trump du réel poursuit ses frasques et enchaîne les coups d’éclat, la proposition presque scolaire d’un décryptage de ses origines paraît bien anodine. Trump a ceci de fascinant – et d’effrayant – qu’il ne comporte pas réellement de face cachée, tout étant systématiquement brandi, assumé et beuglé au vaste monde. La fiction, pour parvenir à circonscrire ce monstre aurait peut-être dû faire preuve de bien plus d’audace, celle dont ne manque pas ce fondateur de l’ère post-vérité.
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le 9 oct. 2024
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