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Youth without truth
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le 9 oct. 2024
Commençons par une bonne boutade. Saviez-vous que le milliardaire Dan Snyder, proche de Donald Trump (un type bien donc), a financé en partie la production de The Apprentice via sa boîte Kinematics Productions, pensant que Ali Abbasi allait rendre un portrait élogieux du bonhomme? Et que devant le produit fini, il a essayé d’attaquer en justice et d’annuler la sortie du film? Ce genre d’infos, ça réchauffe le cœur, et ça consolide la bonne image de gros couillons que se traînent une bonne partie des républicains.
Mais trêve de plaisanterie et attaquons cette sombre histoire, celle qui fait dire que pire qu’un mégalomane, il y a le mégalomane que l’on valide. L’exercice périlleux du biopic est ici assez bien exécuté pour que, malgré l’enfonçage de portes ouvertes, Ali Abbasi ne démolisse pas le cadre. Car en parallèle de l’ascension de Trump au firmament (selon lui), c’est l’évolution du modèle américain que l’on traverse.
On démarre dans les années Nixon, où la honte commence à être une notion étrangère, libérant la place aux plus vils sacs à merde qui soient. On y trouve un jeune Donald, déjà imbu de lui et imblairable qui explique à sa dernière proie qu’être un entrepreneur, c’est génétique. En effet, si l’héritage financier ne s’inscrit pas biologiquement dans l’ADN, il n’en est pas moins légué dans une droite lignée.
Déjà là, on pourra saluer la prestation de Sebastian Stan, bluffant. Trump est un tel personnage public que ses mimiques et expressions sont gravées dans l’esprit de tous. L’interprétation est si proche du réel que j’avais in fine l’impression de regarder des images d’archive. Formellement, la patine donnée à l’image (de la VHS?) ajoute un filtre sordide aux pensées développées par le personnage, pensées que l’on aimerait croire d’un autre âge.
Trump trouve un mentor en la personne de Roy Cohn, avocat au train de vie décadent qui se veut être l’alpha fumier, un psychopathe du barreau. Là aussi, Jeremy Strong est parfait dans le rôle, confirmant après Succession qu’il sait donner dans le sac à merde. Le duo nauséabond s’embringue dans les années 80, les années Reagan, où le libéralisme économique donne la part belle à un appât du gain qui phagocyte toute autre valeur. Le discours du président-acteur sur le retour en grâce du pays, alors même que des inserts nous montrent les traders qui s’affairent à créer la prochaine crise cataclysmique (cf. Inside Job), fini de convaincre Donald. La société est désormais celle de l’avarice et de l’absence de garde-fous moraux, celles où l’on est soit un winner, soit un loser. Trump est un pur produit de ce nouveau Rêve Américain, bien loin de celui idéaliste d’un Capra.
Le personnage de Trump suit la trajectoire qui lui semblait déjà prédestinée, ne faisant que beugler plus fort, libérant des pulsions sociopathiques déjà présentes, et commençant à se convaincre des boniments qui ont fait son succès. Le peu d’humanité qui existait en lui s’amenuise à mesure que son pouvoir grandit. Pourtant, Abbasi parvient, tant pour Trump que Cohn, à créer de rares moments d’empathie. Une prouesse au vu de la crasse présentée jusqu’alors. Mais ceux-ci sont de courte durée, le naturel revenant au galop.
On pourrait par moment croire à un ton comique, une caricature, mais ces types sont malheureusement tels quels. L’adage n’a jamais été plus vrai, la réalité dépasse la fiction. Et les brusques retours à la saloperie rappellent que l’on est devant un biopic qui se veut réaliste : une scène de viol abjecte, une liposuccion aussi immonde qu’elle figure le culte du faux auquel s'adonne le verrat, et le dédain pour Cohn et les autres victimes du Sida.
The Apprentice, malgré le convenu de son déroulé, brosse des portraits captivants, de ceux qui relèvent de la curiosité morbide. Sa production risquée, et sa sortie à un mois d’élections décisives pour le futur de l’occident, sont des gestes politiques louables. Et quand l’écrin s’aligne à l’idée portée, je ne peux que plussoyer.
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le 18 oct. 2024
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