Cela faisait un moment que je voulais dire un mot sur la meilleure adaptation de l'homme chauve-souris imaginé par Bill Finger (l'oublié du duo) et Bob Kane... A savoir "Mask of the phantasm", long-métrage d'animation réalisé par Bruce Tim et Eric Radomski et sorti en 1993. L'occasion est enfin venue, d'autant que je dispose d'un moyen de comparaison tout indiqué avec le film de Matt Reeves sorti récemment. En effet, cette nouvelle interprétation du vengeur masqué défenseur de Gotham se revendique des mêmes influences que son auguste aîné, à savoir: Batman Year One ( Franck Miller et David Mazzucchelli) et Year Two (Mike W. Barr et Todd McFarlane, le papa de Spawn) , soit des oeuvres sorties au moment où le rat détective connaissait son heure de gloire (popularité qui explose, film en préparation). De plus, ces oeuvres ont pour point commun d'aborder des facettes sombres du personnage: ses tourments intérieurs, sa légitimité à agir. Le tout agrémenté d'une ambiance mêlant réalité sociale hypercrue et gothisme grandiloquent. (Certaines planches s'impriment à jamais dans la rétine).

Il allait donc de soi que cette période faste et glorieuse alimenterait les décennies suivantes... Jusqu'à l'overdose, en fait! En effet, là où "Mask of the phantasm" était parvenu à s'emparer de ces diverses influences pour en faire un grand film, The Batman se vautre assez lamentablement; ce pourquoi comparer les deux me semble pertinent. Car sur une même base, les deux films différent complètement: une des qualités du film d'animation était d'être court ( à peine 76 minutes), à l'inverse The Batman fait près de 3 heures. En plus d'être excessif, c'est surtout injustifié au vu de ce qui s'y déroule, notamment durant sa première heure qui patine en croyant faire du Grand Art. L'antagoniste met beaucoup trop de temps à se faire connaitre, au point qu'on finit par l'oublier, tout comme le film, d'ailleurs, qui passe plus de temps sur les sous-intrigues que sur lui.

Le rapport au passé est aussi laborieux, tant les sous-intrigues paraissent greffées artificielement, et n'amènent jamais un vrai questionnement moral ou un quelconque revirement de Bruce/Batman (hé ho, faudrait pas non plus que les fans pètent une durite!). Dans le DA, les arcs narratifs mêlant les différents personnages amènent véritablement à ressentir du frisson et surtout de la peine pour Bruce Wayne, lequel est tenté de suivre la voie de la vengeance proposée par le fantôme, avant de se ressaisir, conscient qu'il s'agit d'un devoir de justice et non de vengeance comme le lui rappelle son fidèle Alfred.

Enfin, il y a le traitement de Gotham et son rendu esthétique. L'intelligence du DA résidait dans le fait de mêler les inspirations pour arriver à un rendu cohérent et intemporel, avec ce look rétro-futuriste, dans lequel se promènent flics de films noires, para-commandos à la Robocop, bandits haut en couleurs et gangsters des années 30. A l'inverse, le film de Matt Reeves oscille entre ambiance poisseuse très "comics" et cinéma contemporain allant de Blade Runner 2049 à Seven, en passant bien entendu par la trilogie "The Dark Knight" de Christopher Nolan. Résultat: le Gotham, au départ intimidant et sinistre finit par se normaliser. ( Il faut dire que les séquences clipesques et la voix off n'aident pas, encore une brillante idée d'ailleurs).

Bref, une belle perte de temps pour ma part.

Deuxième tentative:

Ben, c'est toujours pas ça! Je pensais m'être laissé emporté sous le coup de l'émotion... Et ben non! Très honnêtement, je ne comprends pas ce que Math Reeves a tenté avec ce film! La première heure est vraiment maitrisée de bout en bout; parvenant à créer une ambiance lugubre, savant mélange de polar urbain dans la veine d'un David Fincher (j'aime bien l'introduction de Riddler aux allures de thriller, avec un thème assez bienvenu) et de vieux films noires (femme fatale, voix off, gangsters au langage ne manquant pas de panache) en piochant dans Batman Year One et Un long halloween ainsi que dans une esthétique plus moderne, aux allures de chronique sociale évoquant les comics "Batman métal" de Scott Snyder et les jeux Arkham. Et puis, je trouve Pattinson plutôt bon, autant physiquement qu'au niveau de son jeu. Son costume est sympa, même si la mise en scène ne l'iconise pas très bien, et qu'on a quelques moment où on voit plus un type dans un costume qu'un super-héros, mais bon ça semble voulu donc pourquoi pas. Bref, le film était parvenu à m'emporter dans cette atmosphère de pestilence et de corruption...

Et c'est vraiment passé cette première heure que ça déconne à fond! On a l'impression que Reeves a cédé aux mêmes travers que Schumacher, à savoir de vouloir tout mettre de Batman en un seul film, ce qui est tout sauf un bon plan. Le film commence de manière mature, en se prenant au sérieux, dans un premier degré dont l'humour et la fantaisie sont exclus... Et puis, ça vire au festival de trucs absurdes: entre les énigmes enfantines de moins en moins recherchées, les moments grotesques et qui sentent bon le PG 13 (Batman devrait être défiguré un minimum après avoir pris une bombe en pleine poire, sans parler d'Alfred), les dialogues nanardesques et des performances d'acteurs qui rappelleraient presque la série des années 60! Mais c'est quoi ce méchant pourri?... Mais c'est quoi, ces révélations stupides?... Mais pourquoi tout le monde surjoue comme ça?...Et cette course de Batmobile totalement loupée en plus d'être interminable. Loupée au point que les films de Burton, Nolan et même Snyder à coté, c'est des chef d'œuvres de lisibilité.

Au final, c'est exactement comme Blade Runner 2: on a l'impression que la première partie servait à noyer le poisson, en montrant de la fidélité au matériau de base et un coté "arte/auteur/quiadeschosesàdire"... Avant qu'on se rende compte que le scénario et la mise en scène n'ont aucun intérêt! A oublier...

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le 5 sept. 2023

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Aegus

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