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Qui si frotte si pique
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le 13 janv. 2024
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Il a longtemps tardé à l’avouer mais Jason Statham a une passion. Je veux dire une quatrième passion, après les championnats de plongeons acrobatiques en piscine (sans mégalodon) et les cours de rattrapage de karaté et de kickboxing.
Statham adore les abeilles.
Fasciné depuis l’enfance par ses petites créatures depuis que l’une d’entre elle s’est arrachée l’abdomen en lui piquant la main (sa première initiation à la violence du monde), Statham a longtemps porté un projet de film centré sur les subtilités du travail d’apiculteur.
En 2024, son rêve de jeunesse est devenu réalité.
Dans The Beekeeper, il incarne Adam Clay, un paisible apiculteur du fin fond du Massachusetts qui, en plus de prendre soin de ses ruches d’abeilles et de déguster à l’occasion deux ou trois bonnes cuillérées de miel, a pour voisine Eloïse, la propriétaire de son logement, une dame âgée esseulée qui n’a plus grand monde à qui parler, plus vraiment de famille, une fille qui ne l’appelle que tous les 36 du mois et aucun ami. On reste donc dans la triste réalité de l’époque actuelle, réalisme oblige. Solitaire, taiseux, mais reconnaissant envers cette dame qui a accepté de l’aider alors qu’il traversait une période moralement difficile, Chris a de l’affection pour elle. Un bel après-midi, une boite d’anrnaqueurs au support technique abuse de la confiance de celle-ci au bout du fil et arrive à vider tous ses comptes. Désespérée d’avoir perdu toutes les économies d’une vie ainsi que les photos de sa famille, dont celles de son défunt fils, la pauvre dame se tire une balle. Sa fille Verona, agente du FBI, se rappelle alors subitement de l’existence de sa génitrice et débarque pile poil chez elle, le soir de sa mort, au moment même où Adam vient de découvrir le cadavre. Bien évidemment, elle le soupçonne tout d’abord d’être le meurtrier de sa mère. Mais toutes les preuves vont dans le sens du suicide. S’excusant auprès d’Adam, Verona lui avoue le lendemain avoir compris que sa mère a été hameçonné par une société d’escrocs en ligne et compte bien faire justice en identifiant les coupables, en embauchant un avocat compétent, en portant plainte et en les trainant au tribunal, pour s’enliser dans une procédure longue de plusieurs paires d’années au terme de laquelle le juge finira par dire que les preuves ne sont pas assez nombreuses pour condamner les coupables, malgré l’évidence que ce sont bel et bien des enfoirés.
Adam, lui, n’est pas adepte des interminables procédures judiciaires. La loi, il la trouve aussi efficace qu’un balai à chiottes. En fait, il lui préfère la justice. Sauvage plutôt la justice.
Ainsi, tranquillement, il adopte dès le lendemain une approche plutôt radicale : débarquer avec deux bidons d’essence au siège de la société de pourris, casser la gueule en deux deux des agents de sécurité, débarquer dans les bureaux des petits cons à oreillettes qui jouent à qui arnaque le plus de pauvres bougres, et leur faire regretter d’avoir choisi un boulot pour s’enrichir facilement et immoralement plutôt que pour se rendre utile à la société. Après avoir transformé une mégastructure de plusieurs étages en cendrier géant, Adam se met en tête de remonter cette filière d’escrocs ayant tous pour point commun d’appartenir à un petit (appelons-le C) de vingt-huit piges qui a toujours pêté dans la soie. Lors de leur très brève discussion au téléphone, Adam promet au petit C de le zigouiller.
Celui-ci, plus énervé qu’inquiet (il n’a jamais vu un film de Statham), se renseigne alors auprès de Jeremy Irons, son consultant, lequel n’est rien de moins que le frère de Hans Gruber, le majordome de Batman, mais aussi l’ancien patron de la CIA. Le petit C lui dit qu’un apiculteur a dézingué sans armes plusieurs de ses porte-flingues interimaires, et qu’il l’a menacé de mort au téléphone. Jeremy Irons, qui est aussi un grand acteur se demandant ce qu’il a fait pour attérir là, fronce les sourcils et se contente de répondre que si un apiculteur lui a fait une telle promesse, rien ni personne ne pourra le sauver.
En réponse, le petit C se demande en quoi un apiculteur peut être si dangereux.
Ce qui est quelque-part, un raisonnement plutôt normal.
Voyez-vous, ce petit C ignore, tout comme nous tous, que non seulement les apiculteurs sont spécialisés dans le ramassage d’essaims d’abeilles et de la culture de miel, mais qu’ils sont aussi secrètement membres d’une organisation para-militaire mondiale où ils ont subi un entrainement rigoureux faisant passer celui des Navy Seals pour une tranquille randonnée aveyronnaise. Bien que retraité de cette organisation, Adam a décidé de sortir de sa retraite pour faire ce à quoi on l’a formé : rendre justice en supprimant les petites crevures de la ruche humaine.
Et non seulement il n’aime pas les petits héritiers fortunés qui n’ont jamais gagné honnêtement un sou de leur vie, mais en plus, il s’y prend remarquablement bien pour tuer sans suer tous les meilleurs mercenaires du monde qui se trouvent sur sa route. Quant aux agents gouvernementaux et autres agents du SWAT, il se contente gentiment de les mettre KO avec deux gifles. C’est bien simple, à côté de lui, John Wick est un danseur de ballet fatigué de 90 piges, Jack Bauer un agent de la sécurité publique travaillant 24 heures par semaine et Batman un cosplayeur ceinture jaune de karaté.
Du côté des méchants, le petit C reste aussi C que ses pieds, on découvre que sa mère est "la reine de la ruche", et Jeremy Irons, lui, continue de se shooter aux anxiolitiques tout en embauchant une armée de mercenaires sans se faire d’illusions sur l’issue du film.
Un peu comme le spectateur qui apprécie ce savoureux jeu de massacre justicier, en picorant ses chips saveur sel et vinaigre tout en se disant que le film a beau être totalement dénué de suspense, c’est quand même agréable de voir une bande de petits C obsédés par la thune se faire agraffer la gueule, couper les doigts, défoncer le crâne ou balancer d’un pont.
The Beekeeper n’est pas un nanar loin de là, car la réalisation de David Ayer est appliquée, le scénario de Kurt Wimmer bas du front mais amusant, les acteurs bons, et le bodycount reste raisonnable (juste quatre dizaines de morts, petit joueur l’apicultueur). En fait ce film n’est ni plus ni moins qu’un John Wick-like avec pour héros l’incarnation humaine de la colère divine.
Dommage que la fin soit si soft par rapport à ce que les 100 minutes précédentes nous promettaient. Le petit C en chef s’en tire un peu trop bien. Mais Statham a l’air légèrement lassé et pressé de passer à son film suivant.
Même lui reste humain.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Des bons, des brutes et des gangsters, "Toute société a les crimes qu'elle mérite", Vigilante movies : la justice au-delà des lois, Douce est la vengeance de celui qui a reçu l'injure et Ces films dont je n'attendais rien et qui pourtant...
Créée
le 15 juin 2025
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