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Soyez cool. Regardez la gueule du Dude. Avec sa posture tire-au-flanc, son caleçon douteux et ses sandales. Mais derrière son bouc touffu et sa touffe de cheveux, Lebowski est un gros nounours...
Dans tes lunettes rouges j'ai toujours cru apercevoir les flammes de la folie. Mais non, "Dude", tu n'es en fait pas fou. Ce sont les autres qui sont fous.
Voilà, il est bien là le problème Dude. C'est qu'eux, ils font tout pour l'aimer leur vie, sauf qu'ils n'y arrivent pas. Depuis leur plus tendre enfance on leur miroite l'idéal de vie qu'ils doivent atteindre, et eux, dociles êtres sociaux, s'empressent de bâtir leur existence de manière à y arriver, à ce bonheur. Souvent ils n'y arrivent pas. Parfois ils y arrivent, mais tout là haut, ô déception, ils n'aiment toujours pas leur vie. Et toi, toi qui n'as selon eux jamais rien fait pour, toi le glandeur, le spectateur, le touriste, toi tu respires la réussite, envers et contre tous leurs principes. Ils le sentent et refusent d'y croire, ils rejettent leur jalousie en te rejetant toi. Et toi, ultime pied de nez, tu retournes à ton bowling, en tongs et en caleçon, en pacha de la jouissance, inatteignable.
Les Coen, eux, savent reconnaître ta force. Ils t'admirent. Tu l'as bien vu d'ailleurs. Les Coen, c'est lui, le cow-boy aux cheveux gris. "I like your style". Apparition géniale du créateur dans sa création, du narrateur dans son histoire, dans un superbe plan qui allie hors-champ et zoom out.
Ils ont su créé autour de toi des personnages comiques magnifiques, sûrement parmi les plus charismatiques que j'aie pu voir. Vos joutes, modèles d'humour (noir, absurde, de situation, de répétition, bref, d'humour avec un grand H), sont une gourmandise essentielle à leur propos.
Car tout ici est affaire de contraste. Jeffrey Lebowski, fou de rage devant le manque de coopération du Dude alors qu'il lui a proposé des millions de récompense. Et toi, qui ne cherche qu'à retrouver ton tapis. Jeffrey, intéressé et calculateur, colérique et venimeux. Toi, cool et tendre. Maude Lebowski, femme fatale et intéressée. Toi, tendre et nostalgique de ton tapis seulement. Le manoir des Lebowski, ta tanière de Lebowski, où il manque seulement ton sacro-saint tapis. A travers la dérision que ces contrastes créent, et surtout sans aucun jugement moral ou manichéen (car tu restes un anti-héros, qui essuie toutes sortes de malheurs, qui n'a pas, à première vue, une vie si enviable) les Coen parviennent à faire de toi et de ta petite clique un véritable brûlot politique, social et philosophique sans pour autant tomber dans la prétention et l'intellectualisme. Et c'est là, peut-être, que tes créateurs font fort: comme toi, ils atteignent la grâce à travers l'accessible et la simplicité.
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le 4 sept. 2015
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le 5 nov. 2013
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