Dans tes lunettes rouges j'ai toujours cru apercevoir les flammes de la folie. Mais non, "Dude", tu n'es en fait pas fou. Ce sont les autres qui sont fous.



  • Mais qu'est-ce qu'ils ont tous à s'agiter ainsi? Pourquoi me regardent-ils de haut tout le temps, comme s'ils regrettaient que je sois là, en face d'eux; comme s'ils ne supportaient pas mon existence même. Bon, après tout, ils font ce qu'ils veulent, moi je m'en bats les burnes, j'aime ma vie.


Voilà, il est bien là le problème Dude. C'est qu'eux, ils font tout pour l'aimer leur vie, sauf qu'ils n'y arrivent pas. Depuis leur plus tendre enfance on leur miroite l'idéal de vie qu'ils doivent atteindre, et eux, dociles êtres sociaux, s'empressent de bâtir leur existence de manière à y arriver, à ce bonheur. Souvent ils n'y arrivent pas. Parfois ils y arrivent, mais tout là haut, ô déception, ils n'aiment toujours pas leur vie. Et toi, toi qui n'as selon eux jamais rien fait pour, toi le glandeur, le spectateur, le touriste, toi tu respires la réussite, envers et contre tous leurs principes. Ils le sentent et refusent d'y croire, ils rejettent leur jalousie en te rejetant toi. Et toi, ultime pied de nez, tu retournes à ton bowling, en tongs et en caleçon, en pacha de la jouissance, inatteignable.


Les Coen, eux, savent reconnaître ta force. Ils t'admirent. Tu l'as bien vu d'ailleurs. Les Coen, c'est lui, le cow-boy aux cheveux gris. "I like your style". Apparition géniale du créateur dans sa création, du narrateur dans son histoire, dans un superbe plan qui allie hors-champ et zoom out.


Ils ont su créé autour de toi des personnages comiques magnifiques, sûrement parmi les plus charismatiques que j'aie pu voir. Vos joutes, modèles d'humour (noir, absurde, de situation, de répétition, bref, d'humour avec un grand H), sont une gourmandise essentielle à leur propos.


Car tout ici est affaire de contraste. Jeffrey Lebowski, fou de rage devant le manque de coopération du Dude alors qu'il lui a proposé des millions de récompense. Et toi, qui ne cherche qu'à retrouver ton tapis. Jeffrey, intéressé et calculateur, colérique et venimeux. Toi, cool et tendre. Maude Lebowski, femme fatale et intéressée. Toi, tendre et nostalgique de ton tapis seulement. Le manoir des Lebowski, ta tanière de Lebowski, où il manque seulement ton sacro-saint tapis. A travers la dérision que ces contrastes créent, et surtout sans aucun jugement moral ou manichéen (car tu restes un anti-héros, qui essuie toutes sortes de malheurs, qui n'a pas, à première vue, une vie si enviable) les Coen parviennent à faire de toi et de ta petite clique un véritable brûlot politique, social et philosophique sans pour autant tomber dans la prétention et l'intellectualisme. Et c'est là, peut-être, que tes créateurs font fort: comme toi, ils atteignent la grâce à travers l'accessible et la simplicité.

gaspard24
8

Créée

le 4 sept. 2015

Critique lue 223 fois

The Big Lebowski

The Big Lebowski

9

Eren

le 5 nov. 2013

Suivre

La crème de la crème.

Soyez cool. Regardez la gueule du Dude. Avec sa posture tire-au-flanc, son caleçon douteux et ses sandales. Mais derrière son bouc touffu et sa touffe de cheveux, Lebowski est un gros nounours...

The Big Lebowski

The Big Lebowski

10

DjeeVanCleef

le 21 juil. 2013

Suivre

L'homme qui voulait fumer les nuages.

Il était une fois, un homme à la barbichette guillerette et le cheveu hirsute, qui, sur un malentendu sans doute, alors qu'il se promenait en peignoir, croisa un nuage. Chanceux, il avait toujours...

The Big Lebowski

The Big Lebowski

9

Sergent_Pepper

le 1 nov. 2014

Suivre

Au jeu des bras cassés on se tire la bourre : Chanson de geste

“Sometimes there is a man”, hors des vicissitudes L’œil au risque aguerri, les jambes écartées De diverses boissons la barbe maculée Faites place au champion, l’inénarrable Dude. Chômeur invétéré...

Les Lumières de la ville

Les Lumières de la ville

10

gaspard24

le 25 août 2015

Suivre

L'Amour fait cinéma

Non, non, non. Toi là! Je te vois venir, avec ton air de connaisseur, de chevronné, de celui qui n'a jamais tort, qui a la science infuse! Je te vois venir avec tes "Pour l'époque, c'est vrai que...

Sans adieu

Sans adieu

8

gaspard24

le 4 nov. 2017

Suivre

Sans personne

Claudette ne supporte pas son chien qui lui colle aux pattes. « Du balai sale cabot » vocifère-t-elle d’une voix qui percerait les tympans du plus sourd des hommes. Il faut dire qu’elle se...

Lost in Translation

Lost in Translation

8

gaspard24

le 4 avr. 2015

Suivre

Insoutenable légèreté

S'il fallait ne retenir qu'une comédie dramatique, ce serait bien celle-là. Deuxième long-métrage de Sofia Coppola, Lost in Translation raconte l'histoire de deux Américains paumés au Japon. Bob...