Le genre de la piraterie au cinéma semblait avoir été définitivement enterré sous les tonnes de maquillage de Johnny Depp. C'était sans compter sur le réalisateur Frank E. Flowers et la production musclée des frères Russo qui, avec "La Falaise", tentent de ressusciter les flibustiers. Pas avec le romantisme d'antan, mais à grands coups de lames rouillées et de fusils à canon scié.
Oubliez les chasses au trésor bon enfant. Le film nous plonge en 1846 sur l'île de Cayman Brac, un bout de paradis pourtant rattrapé par ses démons. Priyanka Chopra Jonas y incarne Ercell "Bloody Mary" Bodden, une ex-pirate impitoyable reconvertie en mère de famille pacifique, dont le passé vient littéralement défoncer la porte d'entrée. Le scénario tient sur un post-it trempé dans le rhum : l'ancien capitaine d'Ercell, l'impitoyable Connor, vient réclamer son or et sa vengeance. Ce dernier est campé par un Karl Urban cabotinant à souhait, qui reprend presque les mimiques sadiques de son personnage dans "The Boys".
Dès le premier affrontement dans la cabane familiale, le ton est donné. Le film assume pleinement sa violence décomplexée et se mue rapidement en un huis clos insulaire crasseux lorgnant vers le survival pur et dur. Priyanka Chopra Jonas livre une prestation organique impressionnante. Elle troque les beaux discours pour des chorégraphies viscérales, poisseuses, où l'on s'entretue avec tout ce qui tombe sous la main.
Attention spoilers :
l'ingéniosité culmine lors de la séquence de traque dans les grottes calcaires. Ercell y décime l'équipage de Connor en utilisant l'obscurité de ce labyrinthe naturel et des pièges mortels bricolés à la hâte, transformant l'île en un terrain de chasse macabre digne du film "Predator" ou d'un "Maman, j'ai raté l'avion" pour adultes.
Cependant, si l'action est frénétique et extrêmement généreuse en hémoglobine, le bât blesse du côté de l'écriture. Le film souffre d'un rythme tellement expéditif qu'il en oublie de respirer. L'entourage d'Ercell, notamment son mari T.H. joué par Ismael Cruz Cordova, est réduit à de simples archétypes narratifs. Quant à Karl Urban, bien que magnétique, il manque cruellement de temps d'écran et de développement pour donner à son antagoniste l'épaisseur d'une vraie figure de cauchemar. Enfin, quelques scènes trahissent des fonds verts qui jurent parfois avec la brutalité organique des décors réels.
En fin de compte, "La Falaise" est une série B assumée, un plaisir coupable de 1h43 qui compense sa trame squelettique par une générosité indéniable dans la mise en scène de la violence. Ce n'est pas le chef-d'œuvre qui réinventera le genre, mais c'est un défouloir diablement efficace. On pose son cerveau, on s'accroche, et on regarde le sable rougir.