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Boite arythmique
Certaines leçons semblent tirées par Richard Kelly après le désastre Southland Tales, lorsqu’il lance The Box : le pitch, tiré d’une nouvelle de Richard Matheson (un auteur majeur, qu’on ne connait...
le 7 mars 2016
Je suis en plein revisionnage intégral de la série La Quatrième Dimension et ça m'a donné envie de revoir ce film dont je n'ai gardé qu'un unique et lointain souvenir : le visage incomplet de Frank Langella. J'en ai aussi profité pour relire la nouvelle de Matheson sur laquelle il se base.
Disons-le tout de suite, le film s'éloigne énormément de la nouvelle, en terme d'ambiance et d'intrigue. La nouvelle est très courte, n'a que trois personnages (pas d'enfant), se déroule à New-York et reste en huis clos dans l'appartement du couple. Les personnages se résument à leurs actions; on ne saura rien sur eux et M. Steward (dénué de prénom) est réduit à un simple messager. Nulle trace de science-fiction. La fin est totalement différente et par là même, l'ambiance. Dans la nouvelle, la femme est seule quand elle appuie sur le bouton et c'est son mari qui est tué. Elle comprend seulement à la fin que la somme qu'elle va gagner en ayant appuyé sur le bouton correspond à l'indemnité d'assurance qu'elle doit toucher après la mort de son mari - il a été poussé sous le métro. La fin est d'une suprême ironie et le ton est empreint d'humour noir.
Rien de tout ça dans The Box. Kelly n'a gardé que le début de l'intrigue. Il ne prétend pas adapter la nouvelle mais se baser dessus. Un couple reçoit une boîte munie d'un bouton, la femme appuie dessus, ils reçoivent une énorme somme d'argent et ils doivent faire face aux conséquences (une personne inconnue va mourir).
Première différence : la boîte est reprogrammable et Steward en a toute une collection. Dans la nouvelle, la boite est à usage unique et l'histoire s'arrête à la mort du mari. On comprend que d'autres couples ont déjà été testés avant le couple vedette et d'autres le seront après eux. Kelly a donc considérablement élargi l'intrigue, en en faisant une vaste opération de test planétaire (?). On sort du huis clos et on est à l'échelle du monde entier. Ça change tout en termes d'ambiance, j'en parlerai plus loin.
Deuxième différence : le couple a un enfant. Détail qui aura son importance à la fin.
Troisième différence : les personnages sont développés et ont une vie à l'extérieur de leur confortable maison de Richmond - qui remplace l'appartement new-yorkais. Madame est enseignante et Monsieur travaille pour la NASA. Quant à M. Steward, il prend une ampleur considérable qu'il n'avait pas dans la nouvelle. Il gagne un prénom (Arlington) et un physique remarquable. Petit dans la nouvelle, il devient imposant et de surcroît horriblement défiguré. S'il se présente au couple comme un simple messager au service d'employeurs mystérieux et puissants, il a un rôle beaucoup plus important puisqu'il travaille pour la NSA et semble même doué de pouvoirs surnaturels qui lui permettent de contrôler les esprits humains et d'en faire ses employés.
Quatrième différence : le test du couple ne s'arrête pas à la boîte. Ils auront un autre choix à faire à la fin.
J'en viens à la plus grosse différence entre le film et la nouvelle : l'apparition de la science-fiction et l'ambiance. L'humeur n'est pas à l'humour noir ou l'ironie dans The Box. Le film est un thriller paranoïaque, un film de science-fiction pour finir en drame d'une grande noirceur. Il faut dire qu'entre les recherches au centre de recherche Langley, le programme Viking, la présence inquiétante de la NSA et le mystérieux et omniscient M. Steward qui semble tirer les ficelles de son étrange bureau, la frontière devient floue entre science et science-fiction et on nage dans une atmosphère lourde de paranoïa, de conspiration, de secret.
Arlington Steward serait-il un extraterrestre déguisé infiltré dans la NSA venu espionner les terriens et tester leurs limites avec son bouton-poussoir rouge ? Je ne prétends pas avoir tout compris et je ne pense pas que ce soit le but de Kelly.
Une chose est sûre, j'aime l'ambiance paranoïaque de son film, son mystère, cette rencontre entre la science humaine et la science extraterrestre, surnaturelle pour nous terriens, car pas encore à notre portée. Plus concrètement, j'ai aimé les personnages étranges qui parcourent le film, les "employés" de M. Steward qui lui permettent de voir partout à tout moment et reconnaissables à leurs saignements de nez - les pauvres !
J'adore la longue scène anxiogène dans la bibliothèque - juste avant les trois portes liquides qui m'ont laissée sur le bas-côté.
J'aime le visage monstrueux de M. Steward qu'il arbore avec une impassibilité et une indifférence proprement inhumaines. ^^
Il y a des choses que je n'aime pas du tout, comme la photo avec ses couleurs désaturées à l'excès qui donnent l'impression que tout est marron, beige et jaunâtre. Pourquoi cette photo totalement artificielle pour les années 70 ? S'il y a bien une époque où on a fait péter les couleurs, c'est bien les années 70. Je les ai bien connues - contrairement à Kelly qui est né en 75 - et que ce soit les vêtements, la déco des maisons ou les voitures, c'était le royaume des couleurs vives, avec en vedettes le rouge, l'orange, le jaune et le vert pomme. Alors pourquoi cette photo moche et tristounette ? C'est bien dommage. Que c'est énervant cette tendance à désaturer les couleurs dès qu'on va dans le passé ! Il est arrivé la même chose au Moyen Age dans Le Dernier Duel de Scott : il s'est retrouvé tout décoloré mais dans des tons bleuâtres.
Je n'aime pas non plus la fin qui humainement n'est pas concevable pour moi. Steward demande au couple de faire un nouveau choix, mais plus difficile, car il implique leur enfant.
Leur fils est frappé de cécité et de surdité irréversibles. Soit ils gardent l'argent et leur fils dans cet état, soit le mari tue sa femme, son fils récupère ses sens et l'argent est mis de côté pour lui. Je n'imagine pas une seconde un homme qui aime sa femme capable de la tuer à bout portant pour le bien de son enfant. C'est ma conviction. Je ne crois pas à la scène.
La mère, qui a appuyé sur le bouton mortel en faisant fi des conséquences, est finalement punie pour son égoïsme. Pour que les parents en prennent conscience, c'est maintenant leur propre fils qui subit les conséquences et la mère doit en payer le prix en se sacrifiant. Elle propose de se suicider, mais c'est refusé; c'est de la main de son mari qu'elle doit mourir. Que M. Steward soit d'essence extraterrestre ou divine, c'est un sadique.
L'idée de salut et de damnation est présente, tout comme l'idée d'une vie après la mort. On y sera plus ou moins sensible selon ses convictions.
Conclusion, c'est un film étrange, nébuleux, choquant, fascinant. On sent que Kelly veut aborder plein de trucs spirituels et philosophiques dans l'objet filmique qu'il a façonné et qu'il veut qu'on soit fasciné comme devant une sculpture mystérieuse dont on ne saisit pas toute la signification. En tout cas, même si l'objet ne me plaît pas dans son intégralité, il a éveillé ma curiosité et me trotte dans la tête depuis que je l'ai revu. C'est l'essentiel pour moi.
Créée
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