Faire un film de + de 3h n’est pas chose facile. J’en ai vu peu de cette durée. J’ai vu Shoah (1985) de Claude Lanzmann qui dure 9h36, j’ai dû m’arrêter au bout de 2h30 (bon là le sujet est vraiment insupportable, c’est très dur de supporter les images). J’ai vu Il était une fois en Amérique (1984) de Sergio Leone que j’ai bien aimé, mais que j’ai pas kiffé au point de vouloir le revoir. Barry Lyndon et Le retour du roi pareil. La liste de Schindler pas mal mais film médiocre à côté de La zone d’intérêt par exemple. Finalement, le seul que j’ai vraiment kiffé pour l’instant (même si j’en ai pas vus beaucoup du coup), c’est La ligne verte (1999) de Frank Darabont. The brutalist (2025) de Brady Corbet entre donc dans le club des films de + de 3h avec ses 3h35 (ou 3h20 avec l’entracte). C’est un peu trop long pour ce film. Je pense qu’y a bien eu au moins 5-10 minutes où je me suis fait chier, à la fin j’étais content de partir.
Difficile d’évaluer ce film. La scène d’introduction est bien faite, intéressant de débuter par ce chaos, certains diront que la statue de la Liberté renversée c’est un peu lourd comme métaphore de l’illusion de l’american dream. Moi j’aime beaucoup au contraire, déjà y a tellement de films américains qui font de la propagande pro-capitalisme, pro ultra-libéralisme, qui nous font croire que les immigrés font fortune dès qu’ils posent le pied sur le sol américain, que c’est sûrement pas moi qui vais lui taper dessus. En plus, j’ai entendu personne l’évoquer mais je pense que c’est un hommage à la fin de La planète des singes (1968).
J’avais déjà été un peu spoilé (+ la statue de la Liberté) donc je savais que le héros allait déchanter concernant l’Amérique, mais je savais pas encore sur quels aspects. J’ai eu peur lors de la scène où Harrison (Guy Pearce) s’excuse après le conflit lors de la construction de sa bibliothèque et cherche à sympathiser avec le personnage principal, l’architecte László (Adrien Brody) qu’on nous ressorte le tropisme éternel du bourgeois qui parait méchant mais regardez en fait au fond il a bon coeur (Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu, Intouchables, etc), même si j’ai l’impression que c’est plus une tendance française qu’américaine. Finalement, on verra bien l’horreur du personnage et c’est toujours intéressant de montrer un patron capricieux qui traite ses employés comme des jouets (littéralement lors du viol de László).
Concernant le personnage de Gordon (Isaach de Bankolé), pendant le film j’ai pas trop compris à quoi il servait. Le mec est tour à tour SDF, puis se retrouve dans le même foyer que Toth, puis se retrouve on ne sait comment ouvrier en architecture, puis assistant personnel de Toth, puis il disparait, puis c’est son pote, puis Toth s’en fout de lui. Bref ça n’a aucun sens, c’est peut-être pas raciste de la part de Corbet effectivement d’avoir un personnage noir inutile si on prend le contexte de l’époque. D’ailleurs à un moment où on peut douter et penser qu’éventuellement Harrison a des intensions humanistes envers Toth et serait en fait un « gentil » pendant la scène du déjeuner au resto, on sait déjà que sur certains aspects c’est un connard parce que ce qui le fait cabler surtout auparavant c’est qu’un « nègre » soit dans sa propriété. Par contre c’est au minimum un personnage mal écrit.
Je trouve aussi le film très original dans sa dépiction de la sexualité (voire un peu dérangeant mais au moins y a un vrai parti pris). Entre les scènes où Erzsébet, femme handicapée (j’ai jamais vu une scène de sexe avec une handicapée au cinéma perso, même si c’est pas forcément définitif avec l’ostéoporose mais bon t’as compris c’est original) se masturbe tout en parlant de l’horreur qu’a subi László pendant la Shoah. D’après ce que je comprends, elle se masturbe tout en lui disant qu’elle sait ce qu’il a fait et qu’elle n’est pas jalouse. Donc elle se masturbe en parlant de son expérience avec la prostituée (? Ok 😂). Y a aussi la scène, selon moi érotique où Erszébet appelle László et tente un rapprochement avec lui en lui disant que sa maquette est géniale en en faisant des caisses, et pendant ce temps elle est à poil dans son bain et sa fille la lave. Ça c’est cringe je trouve haha, mais bon peut-être que je me trompe sur les enjeux de la scène. Après y a aussi la scène de viol où Lászlo baise avec sa femme, alors que son consentement peut pas être établi puisqu’elle délire sous héroïne (même si à l’époque ce serait pas qualifié de viol bien sûr mais ça n’empêche que c’est chelou).
La scène de viol homosexuel est aussi rare dans le cinéma, le seul exemple que j’ai en tête c’est Pulp Fiction. Perso (sans exagérer parce que les souffrances de victimes de viol sont pires) je trouve ça intéressant le viol comme métaphore de l’exploitation et de la domination économique. Il semblerait aussi d’ailleurs qu’Harry (Joe Alwyn) ait abusé de Szofia (Raffey Cassidy).
Autre chose: dès le début du film, László va voir une prostituée et c’est assez explicite parce qu’on aperçoit son pénis (ce qui a d’ailleurs provoqué quelques « oh! » un peu choqués dans la salle je crois, y avait des gens assez âgés un peu public Telerama je pense haha)
Pour conclure rapidement pour pas que vous preniez 3h35 à lire ma critique, quelques bullet points en vrac pour finir:
- la scène avec la prostituée est très intéressante pour nous dire dès le début: le personnage principal n’est pas un héros
- la mise en scène est plutôt intéressante mais quand Corbet dit en interview en gros qu’il a mis en scène d’une manière remarquable, qui n’a jamais été faite, j’ai envie de lui dire Keep calm, watch The Zone of Interest and learn.
- c’est intéressant d’appeler le film The brutalist et de laisser chercher le spectateur, de rien expliquer sur le brutalisme en architecture plutôt que de nous faire un truc très scolaire, et de jouer sur l’ambigüité du titre parce que ça parle aussi de la violence
- les performances des acteurs sont très bonnes, j’ai pas en tête tous les nominés mais si Adrien Brody a l’Oscar du meilleur acteur il l’aura pas volé (Guy Pearce peut aussi y prétendre pour l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle)
- le film fait-il une propagande sioniste déguisée? C’est une vraie question à se poser, c’est pas 100% clair donc je vais rien affirmer mais la démonstration de La gêne occasionnée est plutôt convaincante: https://podcasts.apple.com/fr/podcast/la-g%C3%AAne-occasionn%C3%A9e/id1482640266?i=1000696938599