Voir le film

Fraîchement débarqué d'une Europe qui l'a persécuté pour sa judéité et son goût pour l'art moderne – tendance Bauhaus, pas très très apprécié par les nazis –  László Toth, architecte juif Hongrois, tente de se faire une situation dans son pays dit « d'accueil », les États-Unis, et d'y installer ce qui lui reste de famille : son épouse et sa nièce, rescapées des camps de la mort. Il se trouve alors malmené par un enfant miséreux devenu riche industriel capricieux (Selfish self made man, oh ! American Dream !) qui le prend pour son poulain, et ce n'est pas peu dire.


Amoureux de l'architecture, passez votre chemin : du design, de l'architecture, il sera si peu question. Ni dans le contenu. Ni dans le contenant. (Damned ! Moi qui croyais, moi qui aurais cru...)

Il sera question, surtout et avant tout, de la difficulté pour la population américaine, quelle que soit sa richesse, de concevoir qu'un individu autre qu'Américain puisse avoir de la valeur. Et c'est tout à fait honorable, d'ailleurs, de parler de ça, parce que, disons-le tout net : c'est une réalité.

Souvenons-nous, au passage, et comme pour l'illustrer, de ce triste entretien entre Emir Kusturica (deux palmes) et Francis Ford Coppola (deux palmes), un jour, comme ça, où le premier, plein d'admiration pour le second, rencontrait son mépris dans une conversation sur une guerre en Europe où Coppola ne reconnaissait pas dans son interlocuteur le réalisateur d'Underground, Palme d'Or à Cannes en 1995, traitant de ladite guerre.

Une autre illustration, un peu plus digne : la commande américaine faite à Monsieur Haneke (deux palmes) de réaliser son film Funny Games en version U.S. Ainsi, il semble inenvisageable pour les producteurs qu'un spectateur américain puisse regarder un film européen. Et devinez qui joue dans ce film autrichien qui n'a d'américain que son casting (parce qu'Haneke n'a pas cédé à ce caprice) ? Un certain Brady Corbet, celui-là même qui nous a réalisé The Brutalist.

Je m'arrête là pour le club de plongée.


Nuançons cependant ce propos qui risquerait sans ça de tomber dans une américanophobie légitimement contestable : bien sûr qu'il y a des exceptions, bien sûr que : non, pas tous. Et d'ailleurs, même : d'autres aussi, puisque ce qu'on dit ici n'est pas tant ce qui est propre à une nation que ce qui est propre à l'humain, c'est d'ailleurs peut-être ce qui a mené, en partie du moins (car il serait imprudent de confondre le mépris et la haine), à ce que l'on sait, qui s'est passé peu avant que commence l'histoire de ce film, avec quoi il s'ouvre, et qu'il traîne tout du long, comme un fantôme suivant ses personnages.


Alors, parlons forme, tout de même : dans une réalisation ma foi certes longue mais tout à fait digeste, qui tente un peu par-ci, un peu par-là, de dépasser, très timidement, les codes traditionnels du cinéma américain (il faut relever l'effort), on rencontre mépris de classe ; racisme et glottophobie ; exploitation de l'homme par l'homme ; vanité et crise d'ego ; sexe - bien sûr, sans lui on n'est rien (il faut croire) - viol-ence et pour finir, cette phrase de l'architecte à son épouse : « Ils ne veulent pas de nous ici » (qui résume le tout).


Ça, c'est bien vrai ! (D'ailleurs, je l'ai déjà dit)

La preuve : il semblait inimaginable pour ce cinéaste américain - plein de bonnes intentions, ne l'oublions pas - de concevoir qu'il puisse exister en Europe, en Hongrie, quelque acteur hongrois anglophone, juif ou non, en capacité d'incarner son personnage sans forcer un accent qui lui aurait été naturel, et cela tout aussi brillamment qu'Adrian Brody, avec ou sans son gros nez (c'est certain).

Alors, oui, économie du cinéma américain, tête d'affiche, action, travelling avant posé sur toute sorte de véhicules (calme-toi Rivette), et patati, et patatra...

Mais question : avons-nous le droit de nous en lasser ?

Il a de beaux cheveux, Adrian Brody, et il nous a épatés avec Le Pianiste et c'est vrai, c'est vrai : son histoire familiale est proche de celle du personnage. Mais il n'est pas sa mère. Il y en a aussi en Hongrie, des acteurs et même des cinéastes talentueux... Qu'on se le dise.


7e-1895
5
Écrit par

Créée

le 23 févr. 2025

Critique lue 106 fois

7e-1895

Écrit par

Critique lue 106 fois

5
1

D'autres avis sur The Brutalist

The Brutalist

The Brutalist

4

Plume231

le 13 févr. 2025

Suivre

László au pays des méchants Américains !

Ce film, à peine sorti de la salle de montage, a reçu une avalanche d'éloges, de superlatifs, de comparaisons glorieuses aux plus grands chefs-d'œuvre incontestés du septième art, tout en ayant le...

The Brutalist

The Brutalist

5

Yoshii

le 10 févr. 2025

Suivre
Dernière modification

le 10 févr. 2025

Edifice en carton

Accompagné d'une bande annonce grandiloquente, encensé avant même sa sortie par une presse quasi unanime, "The brutalist" se présente d'emblée comme l'œuvre d’un cinéaste malin, notamment par son...

The Brutalist

The Brutalist

4

lhomme-grenouille

le 13 févr. 2025

Suivre

L'art abîmé de notre temps

Comme beaucoup, je pense, j’ai été attiré par la proposition singulière faite par ce The Brutalist. Un film de plus de 3h30 avec entracte, tourné en VistaVision, le tout en se référant directement...

Du même critique

Orwell: 2+2=5

Orwell: 2+2=5

3

7e-1895

le 7 mars 2026

Suivre

Seuls les miroirs réfléchissent

Rien de tel qu'un montage parallèle, tel que ceux, nombreux, qui composent ce film, pour épouser le langage des puissances qu'il veut dénoncer.

Le Comte de Monte-Cristo

Le Comte de Monte-Cristo

1

7e-1895

le 5 mars 2025

Suivre

Massacre à la tronçonneuse

Le problème avec ce film, outre le manichéisme ; outre une surenchère qui ne comble en rien le vide cinématographique (mouvements de caméra incessants ; montage nerveux ; (bons) acteurs essoufflés...