The brutalist est bien construit, très bien mis en scène, joliment photographié et solidement interprété. Mais ce pensum n'est certainement pas le chef-d’œuvre de la décennie, ni le film somme vendu ici et là avant même sa sortie, ne serait-ce parce que formellement le souffle épique façon Cimino, Leone ou Scorsese, est absent. Son seul aspect "monumental" réside dans sa durée, qui - admettons-le - ne se ressent pas vraiment, qualité de la réalisation oblige.
Le fond pose davantage problème. Le film dresse du personnage d'Adrien Brody et de son entourage familial un portrait ultra-pathos. Le personnage ayant vécu l'Allemagne nazi, on comprend parfaitement la raison de tout ça au départ. Mais le calvaire continue tant et plus une fois chez l'Oncle Sam. Et au bout de 3h40, l’empilage de scènes doloristes finit par donner la nausée devant la facilité de l'effet. Tout ça atteint son nirvana dans une scène surréaliste se déroulant la nuit en Italie, proprement sortie de nulle part, évidemment abjecte dans ce qu'elle représente, et pernicieusement plus abjecte encore dans ce qu'elle justifie. Elle détient à elle-seule les clés pour comprendre où le film veut en venir, et la facilité de l'effet est consternant. Et si au-delà du destin d'un homme, ce film-fleuve supposé couvrir l'alpha et l'oméga d'un sujet, revendique une portée universelle, il apparait en définitive d'un prosélytisme ultra-douteux.
Maintenant, l'art est toujours politique. Et le débat est toujours intéressant, ce qui fait de The brutalist un film à voir. Mais autant y aller en connaissance de cause sans se faire embobiner par les critiques dithyrambiques qui ont été publiées un peu partout avant même la sortie du film.