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« The Brutalist », Renaissance impossible.

Annoncée comme une œuvre ambitieuse, « The Brutalist » est assurément une production démesurée. Mais contrairement aux œuvres titanesques qui ont durablement marqué l’Histoire du Cinéma depuis un siècle, à l’instar du « Napoléon » d’Abel Gance (1927), du « Cléopâtre » de Joseph Mankiewicz (1963), de la « Liste de Schindler » de Steven Spielberg (1997) ou plus récemment du « There will be blood » de P.T. Anderson (2OO6), le film de Brady Corbet cultive les paradoxes ; sans doute est-ce ce qui le rend si singulier…

D’un film fleuve, avec entracte, on s’attend à une épopée qui s’étale dans le temps et qui nous permet de suivre la lente mutation des principaux protagonistes. Or, si le film couvre une trentaine d’années, les personnages centraux sont quasiment immuables.

D’un film en couleurs, nous ressortons avec la sensation d’un gris omniprésent, comme si le spectre des couleurs s’était resserré autour d’un ton monochrome, parfait reflet d’une vie mortifère.

Pour un tel projet on s’attend à un budget faramineux, approchant les débauches financières de certaines super productions hollywoodiennes. Il n’en est visiblement rien si l’on considère que le budget de ce film représente, par exemple, moins de 3% de celui d’un « Fast&Furious10 »…

Le film traite du traumatisme universel engendré par le cauchemar de la Shoah, mais nous nous immergeons dans l’intimité d’un seul personnage, symbole d’une tragédie planétaire.

Enfin, si ce film revêt tous les atours d’un biopic historique, il nous présente la destinée d’un personnage totalement fictif.

Bien-sûr, ces quelques paradoxes ne suffisent pas à résumer l’intérêt de cette œuvre cinématographique. Bradley Corbet s’attèle à la déconstruction du rêve américain tout en s’immisçant dans la détresse d’un survivant des camps de concentration. Double projet artistique passionnant, absolument salutaire.

Adrian Brody interprète avec virtuosité Laszlo Toth, un jeune hongrois déporté dans un camp de la mort alors qu’il était promis à un brillant avenir d’architecte. Au sortir de la guerre, il espère pouvoir apprendre à revivre aux Etats-Unis, terre de Promesse et de Liberté. Les promesses seront bien mal tenues et la liberté ne lui apparaîtra que de façon sporadique et artificielle. Les camps de la mort sont très rarement évoqués dans le film, jamais montrés, mais ce sont bien eux qui hantent en permanence le subconscient du jeune architecte. Ils ont édifié une prison intérieure totalement hermétique de laquelle Laszlo ne s’échappera jamais. Rien n’y fera. L’Amérique, toute accueillante qu’elle parait, ne lui permet pas d’abattre les murs de sa prison, elle l’empêche même de vaincre la terrible résignation qui s’empare irrémédiablement d’un condamné à mort. Le message est dur mais puissant. La vérité est crue et elle ne laisse pas indifférent, suscitant même fréquemment un inconfortable sentiment de malaise. Le destin de Laszlo, animé par ses démons et chahuté par les soubresauts d’une Amérique profondément inégalitaire, est d’une noirceur désarmante. Contrairement à la légende du Nouveau Monde, le talent individuel n’est pas synonyme de réussite et l’exilé méritant ne trouve aucun réconfort, ni auprès d’une classe moyenne qui le rejette, ni auprès de la société bourgeoise qui le jalouse et l’exploite. Pire, il ne parvient plus à saisir les mains honnêtement tendues, de la part de son épouse inconditionnellement aimante, des membres de sa communauté ou de ses quelques compagnons d’infortune. Se sentant à peine toléré, il se révèle définitivement inapte à s’insérer.

Contrairement à Laszlo Toth, le courant architectural du brutalisme a réellement existé et il illustre à merveille l’état d’esprit de ce jeune rescapé des camps, totalement désillusionné. Magnifiant la force brute du béton et la verticalité, faisant l’économie de tout ornement et de toute frivolité, il est évident que le courant brutaliste s’est emparé du film comme de son héros. Il ne connaîtra aucune résilience, évidemment aucune Renaissance.


Jimbodo
8
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le 23 mars 2025

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Jimbodo

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