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"The Brutalist" évoque le déroulement chaotique d'un projet de longue haleine, mené par un architecte hongrois rescapé des camps de concentration et émigré aux Etats-Unis. Ironie du sort, le film connut lui-même une production sacrément compliquée (entre autres) par le coronavirus. Voyez plutôt, à la base devaient y jouer Joel Edgerton, Marion Cotillard, Mark Rylance, Sebastian Stan et Vanessa Kirby !

Aucun d'entre eux ne sera finalement présent, mais difficile de s'en plaindre quand on voit la prestation de Guy Pearce, Felicity Jones, ou Adrien Brody. Ce dernier étant particulièrement déchirant en architecte brisé par la guerre, qui garde néanmoins un face robuste, à l'image du béton qu'il affectionne tant.

Certains seront rebutés par la durée luxueuse, osera-t-on dire déraisonnable (3h35 !). Et je dois avouer que c'est ce qui m'a réfréné de le voir en salles (vu en vidéo). Mais sans verser dans la prétention, Brady Corbet a sincèrement voulu livrer une fresque dans la pure tradition de l'Âge d'Or hollywoodien. On y retrouve même une ouverture et une entracte, à l'ancienne !

Le réalisateur s'est également permis la folie de tourner en VistaVision, format pellicule de la grande époque, aujourd'hui totalement délaissé. Pour l'anecdote, en version physique le film s'étale sur 26 bobines (!). Paradoxalement, Brady Corbet ne s'est visiblement pas interdit d'avoir recours au dernières technologies. "The Brutalist" ayant généré une polémique parce de l'IA aurait été utilisée pour retoucher les dialogues en hongrois des deux acteurs principaux.

En tout cas le résultat à l'écran est très beau. Entre les problèmes de production, la durée, le calibre des acteurs embauchés, et les décors choisis, il est très difficile de croire que tout cela a coûté moins de 10 millions de dollars !

Car "The Brutalist" marque. De par sa dramaturgie, qui évite de tomber dans le récit facile avec des personnages complexes. Laszlo, rescapé de la guerre et des camps, émigré sans sa femme, semble enfouir et bétonner ses blessures face à un pays guère accueillant. Face à lui, Harrison, un mécène appréciant sincèrement son travail et capable de vraie générosité... mais aussi jaloux, raciste, colérique, et terriblement snob.

Et de par ses sujets. Trauma de la guerre et de l'Holocaust. Mirage du rêve américain et intolérance de la société. Ainsi qu'un coup de coude à l'Amérique moderne, avec une évocation de la gestion des migrants... ou de la crise des opioïdes !

Enfin, le film offre des scènes très intéressantes. Des passages intimistes. Des débats techniques autour du projet dont Laszlo a la charge, qui plairont aux amateurs d'architecture. La vision d'une carrière de marbre pure et angélique, qui sert en réalité de passage vers un lieu de débauche presque infernal. Ou ce final, qui contribue à une vision pertinente de l'architecture... pour enchaîner sur une musique plutôt inattendue !

On apprend ainsi que Laszlo aurait conçu son chef-d’œuvre pour exprimer son trauma de l'Holocaust, le bâtiment évoquant les camps de concentration et la relation avec sa femme. Laszlo a-t-il vraiment réfléchi à tout cela et manipulé depuis le départ ses mécènes ? Etait-ce inconscient de sa part ? Ou cette explication est-elle une fumisterie opportune d'analystes intellectuels ?

Sans être un monument, "The Brutalist" est une fresque à l'ancienne réussie, qui ne manque pas de complexité thématique.

Redzing
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le 22 juil. 2025

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