Au moment de la rédaction de cette critique, votre serviteur est particulièrement impliqué dans la re-découverte du cinéma coréen. La proximité de mes visionnages de Memories of Murder et The Chaser permet d'emblée l'établissement du constat de la radicale opposition de ces deux films.


Même s'ils partagent la thématique de notre rapport au mal polymorphe dans tout ce qu'il a de cruellement ordinaire, The Chaser n'est pas un wodunit. Un des tours de force du premier film de Na Hong Jin est justement de livrer à la police, par un concours de circonstance, le dément et ses aveux dès la première demi-heure. The Chaser préfère se concentrer sur l'urgence. D'une part l'urgence de trouver les preuves de la culpabilité de Young-Min pour interrompre sa folie meurtrière et d'autre part l'urgence de retrouver sa dernière victime avant qu'il ne soit trop tard.


Comme Memories of Murder, The Chaser dresse le portait au vitriol d'une police brutale, corrompue et impuissante face à la figure du monstre moderne froid et implacable. Difficile d'imaginer plus cynique un film dont le seul véritable vecteur de progression est un ex-flic, corrompu jusqu'à la moelle, dont la seule implication semble être le recouvrement des pertes engendrées par la disparition de ses gagneuses. Considérer Joong-Ho comme un anti-héros est une erreur, il n'est qu'une vulgaire "ordure" qui tentera de se racheter une conscience tardive.


Aussi sordide que rugueux, The Chaser est un film viscéral qui prend le tend d'installer une incroyable tension. Porté par une réalisation extraordinaire et frontale, ce jeu de pistes désespéré dans un quartier poisseux de Séoul ne cherche pas à ménager son spectateur, quitte à le plonger dans un état de malaise et de nervosité étouffant.
Associé à un montage exemplaire, le score participe grandement au développement de la dimension anxiogène du film, de la simple conversation jusqu'à une explosion de violence succédant à une poursuite au rythme effréné.


Film coréen oblige, l'intrigue est émaillée ça et là d'humour noir et de gags potaches savamment dosés, soupapes salvatrices pour palpitants sur le point d'exploser, sans que cela ne désamorce pour autant la tension du récit.


D'un pessimisme extraordinaire, nihiliste jusqu'au bout des ongles, The Chaser avorte finalement cette quête de rédemption absurde d'une volée de coups de marteaux, parachevant l'immersion de son personnage principal dans un océan insondable de violence amère. Le chasseur vivra avec le poids de sa propre culpabilité et de ses échecs. Na Hong Jin interroge directement le spectateur sur son rapport à la violence : pour arrêter un monstre, êtes-vous prêt à en devenir un et en accepter les conséquences ?


The Chaser est le vertige d'un regard fasciné au plus profond de l'abîme.

YvesSignal
10
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le 18 avr. 2018

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Yves_Signal

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