À la croisée du drame psychologique et du cinéma de genre, The Damned embrasse une esthétique du minimalisme glacé, où l’immensité des paysages islandais se heurte à l'horreur.
Pálsson s’inscrit ici dans la lignée d’un cinéma du confinement, où l’espace, plus qu’un décor, devient une force antagoniste. L’île, loin d’être un simple lieu de transit, fonctionne comme un piège mental et physique, un territoire où l’histoire refait surface sous forme de malédiction. À l’image du The Thing de Carpenter ou du Black Sea de Kevin Macdonald, The Damned tisse une horreur de l’attente, du soupçon, où la contamination du mal est avant tout psychique.
L’eau, omniprésente, joue ici un rôle fondamental, non seulement comme élément narratif mais aussi comme motif symbolique. À l’instar du cinéma d’Andréi Tarkovski (Solaris, Stalker), l’eau dans The Damned est lourde de sens : elle contient les fantômes du passé, les secrets enfouis, les péchés que l’on croyait lavés mais qui ressurgissent avec la force inexorable des marées.
Ce motif de l’engloutissement est également psychologique : les personnages, confrontés à une présence qu’ils ne peuvent nommer, sombrent dans la terreur et la suspicion. Le mal ici n’est pas une entité visible, mais une présence latente qui corrode les esprits. À l’image de The Lighthouse de Robert Eggers, le film joue sur l’ambiguïté entre surnaturel et folie, laissant planer le doute sur la nature exacte de la menace.
Visuellement, Pálsson adopte une approche naturaliste, privilégiant les textures rugueuses, les éclairages naturels et une mise en scène dépouillée qui renforce l’impression d’isolement. L’image, dominée par des tons froids et terreux, capte la rudesse du paysage islandais.
Dans son refus du spectaculaire et sa gestion de l’attente, The Damned s’inscrit dans une tradition du cinéma d’horreur contemplatif et psychologique, où l’épouvante naît moins de l’effet de surprise que d’un sentiment d’inexorabilité.