(que des spoilers)

On le conçoit aisément, le suicide d'Heath Ledger qui avait largement volé la vedette à Christian Bale dans l'opus précédent a quelque peu contrarié les plans d'un Nolan, dont, justement, les films ne seraient rien sans la préparation minutieuse de ceux-ci. Alors que faire ? Nolan, manifestement, s'est dit que perdu pour perdu, autant faire un film qui s'écrira au fil du tournage.

Après tout, Bruce Wayne version TDKR est un héros de la nouvelle vague : il est oisif, il a abandonné ses responsabilités et son entreprise, se fiche pas mal des conventions et est assez fantasque pour sortir la nuit déguisé en animal. Sauf que ça ne s'est jamais super super bien passé, la dernière fois, sa copine en est même morte et depuis il est recherché à tort par la police. Ce qu'il lui manque, et son fidèle majordome Alfred le sait mieux que lui, c'est l'amour. Evidemment ! C'est alors qu'une cambrioleuse s'introduit chez lui en la personne de Selina Kyle/Catwoman et évidemment, elle l'intrigue et il veut la revoir, l'apprivoiser et enfin l'emmener en Toscane (encore une idée de cette bonne fée d'Alfred), probablement en décapotable.

Mais comment faire ? Le pauvre Bruce, qui est finalement bien loin des réalités économiques et sociales de sa ville puisqu'on ne l'a pas vu sortir de chez lui depuis huit ans, dans une tenue ou dans une autre, ne peut plus alors qu'inventer une fable puérile qu'un Chuck Norris n'aurait pas reniée. Avec l'aide de la fille de son mentor (qu'il a tué l'avant-dernière fois qu'il s'est travesti en chauve-souris : décidément !) qui se trouve plus ou moins être aussi une sex-friend et d'un autre plan cul à elle, une brute épaisse censée être d'une intelligence supérieure mais qui, en fait, est restée un gros bébé traumatisé par son papa qui lui a volé son nez et ne le lui a jamais rendu, il crée donc un grand complot politico-terroriste à base de Ligue des Ombres -parce que finalement, c'est le seul truc que Bruce connaît vaguement comme menace- visant officiellement à rendre libre le peuple de Gotham City avant de l'exterminer avec une grosse bombe de chez ACME que Bruce a lui-même fournie. Pourquoi libérer puis détruire ? C'est absurde. En vérité, l'idée directrice, la vraie, c'est à la fois de mettre en danger Bruce, par la faute de Sélina d'abord, pour réveiller en elle un instinct maternel qui la culpabilisera pour le restant de ses jours, puis tout seul comme un grand, pour vérifier que Sélina est assez attachée à lui pour venir le sauver et enfin de sauver la ville d'une grosse bombe nucléaire, pour qu'il devienne le héros dont toute princesse a besoin pour s'épanouir. On apprécie tout particulièrement la candeur du stratagème de Bruce/Talia/Bane dans l'épisode de la prison-fosse dont ils ont été les trois seules personnes à s'évader, seulement eux : COMME PAR HASARD ... une prison dont seule les personnes qui ont peur de la mort peuvent s'évader : soit environ 99% de la population mondiale. Mais il fallait une prison, parce que c'est comme ça dans tous les James Bond. Et puis qui aimerait vérifier l'existence d'un endroit aussi barbare par ses propres yeux ? Pas Sélina en tout cas, qui est une esthète et donc quelqu'un de bien plus branché marché aux puces.

Alors le plan fonctionne parfaitement, Sélina est séduite, la sex-friend meurt (c'est manifestement pour de faux), Bane tout le monde s'en fiche (c'était probablement pas un bon coup d'après Talia et on le devine un peu collant, ce qui avec sa voix le rend vraiment insupportable au téléphone) et en bonus Gotham a vu une explosion nucléaire retentir à sa porte alors on imagine bien qu'en conséquence toute la ville goûtera désormais à une espèce de renaissance, où la fraternité et l'amour du prochain régneront dorénavant.
Sloth
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le 21 août 2012

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le 21 août 2012

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