Je (re)découvre le Cinéma de Phil Solomon avec ce superbe The Exquisite Hour tourné quelques années avant le chef d'oeuvre Seasons, film dont la splendeur marque l'aboutissement plastique et formel de son auteur. Souvent associé au réalisateur Stan Brakhage avec lequel il travailla sur trois courts métrages à partir du milieu des années 1990 ( dont Seasons ) Solomon se distingua entre autres choses avec Remains to be Seen, promenade picturale dans les remous aqueux d'une étendue d'eau insituable uniquement perturbée par des essaims d'oiseaux accouplés à un brouillage sonore mêlé de neige et de bruits concrets, saturés, littéralement poussés à bout...
Réalisé durant la même période que le film sus-cité, The Exquisite Hour troque le pointillisme proche des créations de Georges Seurat ou de Patrick Bokanowski pour un Art davantage figuratif, jouant d'un voilage photographique noyé dans des couleurs profondes et des formes aux contours savamment in-définis. Poursuivant ses motifs jusqu'à l'obsession scopique la plus sidérante ( le léger clapotis d'une étendue d'eau, une kyrielle de volatiles obstruant le champ de vision du spectateur, des cyclistes et des chevaux revisitant les travaux pionniers du photographe Eadweard Muybridge...) Solomon signe un court métrage grisant, aussi formaliste que davantage articulé que les travaux pelliculaires de son camarade Brakhage : en résulte une série d'impressions échappant totalement au temps qui passe, à la fluidité solidement étayée par une acoustique permanente, traversant le métrage pour mieux le conduire vers une inquiétante familiarité. Magnifique.