Dans la galaxie des oeuvres cinématographiques, The Fall mérite de tenir une place éminente.
Le film que Tarsem Singh a, selon ses dires, mis 17 ans à aboutir, aurait été commencé 4 ans avant sa sortie, après que Tarsem Singh a rencontré de manière fortuite la petite roumaine Catinca Untaru, qui ne parlait pas un mot d'anglais mais dont il décida qu'elle serait Alexandria, l'héroïne de cette histoire. Cela, c'est Tarsem Singh lui-même qui le raconte, et si ce n'était qu'une fiction, elle vaudrait tout de même qu'on y croie.
The Fall est un conte moderne qui met en scène dans un hôpital de Californie dans les années 1920 la rencontre d'une fillette et d'un acteur, tous deux vicimes d'une chute, d'où le titre. Les parents de la petite Alexandria sont venus d'Inde pour échapper à des massacres contre leur peuple ; son papa travaille à la récolte des oranges. Le jeune acteur, Roy Walker ( :0) est un cascadeur dont la vie vient de mal tourner après qu'il est tombé d'un pont sur le tournage d'un western et s'est brisé les jambes. Désespéré, il va tenter de capter l'attention de la fillette en lui racontant des histoires, afin de la persuader d'aller voler pour lui un poison mortel dans la pharmacie de l'hôpital. Les deux victimes de l'infortune et de l'ennui où les plonge leur condition vont ainsi devenir complices en imagination .
Pendant tout le film, on passe du décor de l'hôpital à celui de l'interprétation que l'enfant fait de l'histoire racontée par l'acteur accidenté, mettant en jeu des personnages racontés par Roy et fantasmés par Alexandria. Ainsi, quand l'homme lui parle d'un Indien (forcément d'Amérique) la fillette imagine un Indien d'Inde, splendide, barbu et enturbanné à souhait.
L'idée est absolument parfaite, jouant de la subjectivité des messages et de leur interprétation pour installer des scènes d'une poésie époustouflante, sur fond de décors naturels qu'on croirait parfois fabriqués en images de synthèse tant ils sont beaux. Tarsem Singh, qui a travaillé comme réalisateur de films publicitaires aux quatre coins de la planète, utilise ainsi des images fixes et cinématographiques rassemblées au cours de sa carrière pour en faire le décor d'un conte fabuleux.
Le film est long, mais jamais ennuyeux. Les images vous en mettent plein les mirettes et le couple Lee Pace - Catinca Untaru arrache des sourires d'émotion, tant la tendresse entre les deux est désarmante à certains moments. La musique de Beethoven est si bien utilisée qu'on croirait qu'elle a été faite pour le film. Par ailleurs, il faut absolument voir le film en VOST car le jeu de la fillette, qui a 4-5 ans et n'a jamais mis les pieds dans le monde du spectacle, mêle pureté et naïveté. Détail remarquable, Catinca Untaru a appris l'anglais pendant le tournage du film et maîtrise très imparfaitement la langue de Shakespeare, ce qui a donné lieu à des quiproquos dans les dialogues avec Lee Pace que, par un coup de génie, Tarsem Singh a parfois intégrés au film. Le résultat est ravissant de poésie humaine.
J'ai essayé de regarder la version française et le doublage trahit abominablement le film. Méfiez-vous des éditions sur DVD car il semble que seul le Blu-ray ait été fait correctement. J'ai en tous cas vu un DVD où seule la VF était cohérente. La V.O. était découpée en séquences désordonnées qui rendaient le film impossible à regarder.
Réservez-vous la soirée, mettez "The Fall" et... faites de beaux rêves après l'avoir vu.