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Devoir de mémoire
Les yeux sont le miroir de l'âme, paraît-il. Et il suffit d'un regard, parfois, pour susciter mille émotions. The Father me l'a rappelé cet après-midi, avec le regard tour à tour hébété et...
le 3 juin 2021
Sorti en 2020 et réalisé par le français Florian Zeller, The Father est l'adaptation d'une pièce de théâtre. Florian Zeller est un metteur en scène de théâtre et il s'agit ici de son premier film au cinéma. Il se charge donc lui-même de porter sa pièce sur grand écran. La pièce Le Père a été traduite ici en The Father, puisqu'il s'agit d'une coproduction franco-anglaise. C'est pourquoi également le casting est anglais, avec en têtes d'affiche Anthony Hopkins et Olivia Colman. Le film a d'ailleurs permis à Anthony Hopkins de remporter l'Oscar du meilleur acteur pour un premier rôle, son second après celui remporté pour Le Silence des agneaux. Sa partenaire de jeu Olivia Colman concourait elle aussi pour l'Oscar de la meilleure actrice, mais cette fois-ci pour un second rôle et elle ne l'a pas obtenu.
The Father est un huis-clos servi par six acteurs, pour un drame très personnel et poignant. C'est l'histoire d'Anthony, interprété donc par Anthony Hopkins 87 ans, qui se fait âgé et commence à perdre la mémoire. Il est par conséquent atteint de sénilité (Alzheimer ?) et ne peut plus vivre seul. Or, sa fille fille restante Anne (Olivia Colman) s'apprête à partir sur Paris pour vivre avec son nouveau compagnon français. Léger problème, celle-ci essaie de le convaincre de prendre une aide à domicile, mais il les rejette les unes après les autres, jugeant qu'il n'en a pas besoin. La relation entre la fille et le père est très compliquée, lui n'étant pas toujours très tendre avec elle. On comprend très vite que la petite sœur d'Anne était la préférée du père et j'en parle au passé, car on finit par comprendre qu'elle est décédée. Anne est donc sa seule famille restante.
The Father parle de la décadence liée à l'âge, qui est une déchéance totale et irrémédiable. Anthony commence à perdre pied avec la réalité et avec le temps, en témoigne son obsession pour sa montre qu'il perd tout le temps. C'est une véritable descente en enfer pour Anthony, mais aussi et peut-être surtout pour sa fille. Anthony Hopkins et Olivia Colman sont d'ailleurs époustouflants et portent le film sur leur dos. Ils sont tout de même bien aidés par une écriture précise, limpide et souvent érudite, sans jamais tomber dans le pathos. Et pourtant, ça aurait été si facile de retomber dans le pathos avec un sujet pareil, si larmoyant et même violent. On a par exemple des scènes où Anthony ne sait même plus où il habite. C'est terrible pour lui, mais aussi pour les autres, car il peut se montrer très dur avec son entourage avec des dialogues du père très acerbes.
L'originalité de The Father, dans son traitement de la vieillesse, c'est que le drame s'accompagne d'une atmosphère de thriller. De part le choix de narration et de mise en scène de Florian Zeller, le spectateur ressent ce que vit Anthony, puisque le film adopte son point de vue. On vit littéralement sa déchéance, à travers ses yeux et à travers ses actes et c'est absolument terrifiant. On perd très vite nos repères, surtout que Florian Zeller joue avec la temporalité des scènes. Il joue aussi avec les acteurs qui semblent changer de rôle en fonction de la santé mentale d'Anthony, qui finit par ne plus savoir qui est qui. Des personnages apparaissent, puis disparaissent sans qu'on s'y attende et on perd littéralement pied en même temps qu'Anthony. On ne sait plus à qui se fier, puisqu'on vit les évènements dans la peau d'un personnage peu fiable. On ne peut pas se fier à sa vision ... sa vision des chose est fausse, elle est biaisée. Ce n'est jamais clairement dit, mais Anthony est probablement atteint d'Alzheimer.
The Father est une véritable expérience. C'est captivant et traumatisant. Au début, Anthony ne se rend pas compte qu'il perd la mémoire, il n'a pas conscience qu'il perd la tête. Par exemple, il prétend faire des claquettes, alors qu'en réalité il était ingénieur. Il s'invente une autre vie. Et la mise en scène colle parfaitement à son sujet. Florian Zeller montre cet enfermement et l'isolement total du personnage avec des cadres serrés. On se perd dans les méandres de cet esprit "malade". Il n'y a pas de continuité des lieux quand Anthony passe d'une pièce à l'autre. La réalité change, des tableaux disparaissent et des objets changent de place. Et même au niveau temporel, il n'y a aucune continuité. Par exemple, Anthony se lève et croit que c'est le matin, mais en fait non, on est déjà le soir. Il perd ses repères, à l'image de cette montre qu'il n'a jamais sur lui, parce qu'il la perd tout le temps. Il accuse même les personnes de son entourage de l'avoir volée. Cette montre c'est le symbole du temps qui passe et de la réalité qui commence à s'effriter au fur et à mesure que le temps avance.
Bref, The Father est un film absolument glaçant et Anthony Hopkins mérite amplement son Oscar 2021 du meilleur acteur, tant sa prestation est simplement bouleversante. Et tout aussi bouleversante, est la prestation d'Olivia Colman, très touchante dans sa tentative de se rapprocher de son père. Certains trouveront que ça manque de chaleur dans la relation père-fille, que c'est très froid et austère ... mais c'est l'expérience proposée qui veut ça, une expérience unique, à laquelle il serait vraiment dommage de passer à côté. (7.5/10)
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Créée
le 20 mars 2025
Modifiée
le 20 mars 2025
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