The Firm
7.4
The Firm

Téléfilm de Alan Clarke (1989)

C’est probablement le plus beau brulot qu’on ait vu sur le hooliganisme. Tranchant, sec, brutal. 67 minutes d’une fureur inédite. Il n’en faudrait pas une de plus tant l’uppercut est sans appel. Gary Oldman qui débute, à peine trente ans, incarne Clive Bissel dit Bex, père de famille et agent immobilier dans une banlieue de Londres, mais il rythme son temps libre de petits matchs de foot entre potes et d’affrontements entre bandes. C’est un supporter du club londonien de West Ham United et un hooligan agissant pour l’Inter City Crew, se battant contre d’autres, pour savoir qui peut s’octroyer le droit de défendre son équipe de cœur en Europe. Qu’on se le dise il s’agit seulement d’affrontements entre tribunes, non entre clubs. Toute l’absurdité se joue là-dessus. Aucune image de football ici hormis un bref passage dans un stade et les nombreuses affiches qui ornent la chambre d’ado de Bex – Qui après avoir quitté son foyer retourne chez ses parents, dans la même rue. The firm constitue la quintessence du cinéma d’Alan Clarke, en ce sens que s’il se veut encore narratif (Ce qui ne sera plus le cas la même année pour Elephant) le film est surtout une succession de violences, physiques et verbales, filmées à la manière d’un reportage, d’appartement et de rue, entre vandalisme de bagnoles, affrontements verbaux, bastons à coup de batte, agressions au cutter. En famille ou en groupe, la même rage, les mêmes cris. Les plans sont souvent très serrés cloitrant les personnages dans une géographie imprécise où rien n’existe ailleurs que dans leur cercle de rage. C’est un combat pour rien, se battre uniquement pour exister, appartenir à un groupe, trouver refuge dans la violence – Le football en est le prétexte. Dans les dernières minutes, tandis que Bex vient de mourir, les hooligans de chaque bande sont réunis pour former l’unité nationale dont Bex rêvait. Le garçon scarifié plus tôt utilise sa blessure comme une marque initiatrice. « England, England » est scandé en mantra terrifiant. Le tout dans un reportage de bar filmé par une équipe vidéo qui pourrait ressembler à s’y méprendre à une mise en abyme du cinéma d’Alan Clarke. Chef d’œuvre sidérant, irrespirable, moderne, inépuisable.

JanosValuska
9
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le 7 juil. 2016

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6

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