Giaccomo, influenceur junior à Amiens, qui réalise des tutos de développement physique dans la salle de sport qui l'emploie, décide de partir pour la capitale à la recherche d'un succès qu'il pense mériter autant qu'un autre. Ce sera le récit d'un rise and fall tragi-comique, exubérant et mélancolique. Big buzz, bad buzz, pseudo-science, Quad à Dubaï, happening télévisé et chasse aux célébrités. Tous les codes de l'expérience contemporaine de la célébrité numérique s'y retrouvent, passés à la moulinette du mockumentaire quelque part entre "Borat" et "Tout simplement noir".
Le film se présente comme un type inédit de parodie de ce nouveau phénomène des documentaires biographiques (et agiographiques) sur ces générations de trentenaire héroïsés par la culture web. Les codes visuels et narratifs sont clairement ceux de "Ne montre jamais ça à personne" de Clément Cotentin, qui a filmé la vie de son frère, Orelsan, ou encore de "Merci Internet", consacré à Squeezie, le deuxième Youtubeur français. Difficile de savoir cependant ce qui a été écrit, improvisé ou filmé en caméra caché, tant le film brouille les lignes de la fiction et du réel, tout en maintenant le fil rouge d'un récit classique sur les néfastes conséquences de l'excès d'hubris.
Xavier Lacaille est proprement époustouflant dans ce rôle d'influenceur fanatisé par l'idée du succès, incarnant à merveille cette tendance à s'attribuer des valeurs qui n'en sont pas, qui ne sont que du vent et vide. Un interprétation démesurée et joyeuse, aux accents fasltaffiens, toujours à la limite de basculer dans le pathétique et la désillusion triste, lorsque des éclairs de lucidité font réaliser au personnage son absolue vanité, sa totale inanité.
Un des trop rares films contemporains à véritablement traiter des maux de notre époque, sans pour autant la prendre de haut, en restant toujours à sa hauteur. Malgré une forme visuellement pauvre, celle du documentaire/reportage, le film témoingne d'un véritable effort esthétique par son cadrage, ses effets de montage, et ne démérite pas en tant qu'expérience cinéma. Un espace qui permet de prendre le recul que la tyrannie des contenus "consommés-jetés" des plateformes numérique essaie trop souvent de nous faire oublier.