Scott Derrickson compose avec The Gorge un étrange conglomérat où l’action, la science-fiction, l’horreur et la romance s’entrechoquent. Ici, Derrickson filme la solitude comme un état suspendu, un point de bascule où l’attente devient plus oppressante que le danger lui-même. Peu à peu, la nécessité de l’autre s’infiltre dans la narration.
Dans sa construction, The Gorge refuse la fixité. Il embrasse la pop, et frôle de loin la fureur de l’action, l’angoisse existentielle du thriller psychologique et la romance tragique. Certains y verront une cacophonie de genres s’annulant mutuellement ; d’autres y liront la volonté de retranscrire un monde où le sens se dérobe autant qu’il s’impose.
Car sous son ambition de fusionner les genres, The Gorge peine à exister pleinement. Son rythme frénétique ne parvient jamais à masquer une vacuité fondamentale, une absence de chair qui condamne ses élans à l’artifice.
Visuellement, Derrickson confond énergie et hystérie. Sa mise en scène, surchargée d’effets et de coupes frénétiques, noie l’action sous une esthétique tapageuse.
Quant aux personnages, censés porter le cœur émotionnel du récit, ils restent figés dans des archétypes sans épaisseur. Levi et Drasa n’évoluent jamais vraiment, prisonniers d’une écriture mécanique qui les réduit à des vecteurs narratifs plutôt qu’à des êtres de chair.
En refusant d’embrasser pleinement un ton, une direction, une âme, The Gorge finit par n’être qu’une coquille vide, trop crispé sur son esthétique, trop dispersé dans son récit. Cependant, cela reste bien mieux que la quasi totalité des productions sur les plateformes.