The Host, 3e film de Bong Joon-Ho, était déjà très attendu après le succès critique de Memories of Murder. C'était un rêve de jeunesse du réalisateur que de faire un film de monstre, ce qu'il fera encore avec Okja et Mickey 17 plus tard. Mais le film brille bien plus par sa satire sociale que par son côté fantastique.
Le scénario est somme toute assez simple : quelques années après le déversement de produits chimiques dans un fleuve par l'armée américaine (incident qui s'est d'ailleurs réellement produit), un monstre surgit, mange des humains et kidnappe une petite fille. La famille de celle-ci, aussi pauvre que délirante, fera tout pour la retrouver, malgré la poursuite des autorités qui la soupçonnent d'être infectée par un virus. Ce sont donc les parties avec le monstre qui sont le plus manquées. S'il est marrant avec ses back-flips et s'il fait peur avec ses jump scares, il est assez décevant esthétiquement (il faut dire qu'on est encore dans les années 2000). Mais surtout, tout est un peu incohérent. Entre autres exemples : l'armée ne part absolument pas à la chasse au monstre (même s'il est imposant, quelques coups de bazookas devraient faire l'affaire hein), le père de famille s'échappe très facilement du laboratoire américain, la scène du combat final part en grand n'importe quoi, et se fait d'ailleurs en plein nuage toxique censé tuer n'importe quel être biologique en l'espace de quelques secondes.
Heureusement, il ne s'agit pas là du cœur du film. Même s'il s'en est défendu, Boog Joon-Ho livre ici un message anti-américain, ou plus précisément, un message anti-ingérences américaines : c'est l'armée US qui pollue le fleuve (comme dans la réalité), c'est l'armée US qui invente un virus qui n'existe pas (comme les armes de destruction massives en Irak), c'est encore l'armée US qui répand un gaz toxique en pleine ville pour abattre le monstre (mais il n'y avait pas de monstre au Vietnam). Les autorités coréennes ne sont pas en reste, et leur incapacité à gérer la crise comme leur insoumission aux Américains paraissent bien ridicules. Plus encore, la satire sociale apparaît dans presque chaque scène : la peur sociale d'un virus inconnu et somme toute incertain, la délation à gogo, les manifestants qui ne servent à rien, les désinfecteurs qui se font tuer pour quelques malheureux billets... Même le père de famille, joué par l'inévitable Song Kang-Ho, alterne entre ridicule et courage. Sa famille de loosers, au centre du film mais en marge de la société coréenne, dont la volonté n'égale que l'incompétence, et où l'ingéniosité trouve une harmonie étrange avec la stupidité, est alors un prélude à Parasite. Boong Joon-Ho le disait lui-même dans une interview : un hôte, c'est l'inverse d'un parasite.