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The Untold Story
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Si on demande à un amateur de cinéma de Hong Kong de citer une réalisatrice de l’ex-colonie britannique, il y a de très grandes chances qu’il parle d’Ann Hui. Mais il y a pourtant un autre nom important et il s’agit de Mabel Cheung qui avec des films tels que An Autumn’s Tale (1987), Eight Taels of Gold (1989) ou encore The Soong Sisters (1997) s’est imposée comme une valeur sûre du cinéma de Hong Kong. On va s’intéresser aujourd’hui à The Illegal Immigrant, son premier film, premier volet de sa trilogie sur l’immigration pour lequel elle a gagné le Prix du Meilleur Réalisateur aux Hong Kong Films Awards de 1986, que Spectrum Films propose dans une nouvelle restauration 2K unique au monde. Un premier film déjà ouvertement politique qui marque à la fois par sa douceur et sa dureté.
L’histoire derrière The Illegal Immigrant est presque aussi intéressante que le film. Pour ce film, mais aussi le suivant, An Autumn’s Tale, Mabel Cheung s’est inspirée de sa propre expérience de travail dans le quartier chinois de New York. Après avoir travaillé deux ans à la TVB de Hong Kong, elle s’inscrit à un master de cinéma dans une université de New York où elle enchaine les petits jobs afin de payer ses études. Pendant ses études, elle rencontre Mona Fong de la Shaw Brothers, en visite à l’université, qui dit aux étudiants de la contacter s’ils avaient besoin d’aide. Pour son projet de fin d’étude Mabel Cheung envoie donc un scénario écrit par un camarade de classe, Alex Law, qui deviendra son mari plus tard, à Mona Fong et lui demande si elle serait intéressée par le fait de financer ce film de fin d’études. Intéressé, Fong fait parvenir la somme d’un million de dollars hongkongais à Mabel Cheung qui, toute excitée, s’empresse de contacter tous les gens qu’elle connait à New York afin de les embarquer avec elle sur ce projet. Basé sur ce que Cheung et Law ont vu autour d’eux, le film reflète parfaitement la vie newyorkaise d’immigrants chinois et il plait particulièrement à Mona Fong qui, en plus de le sortir en salles sous la houlette de la Shaw Brothers, fait signer à Mabel Cheung un contrat de 5 ans avec la Shaw. Le film est un joli succès en salles mais malheureusement, suite à la fermeture de la division de production de la Shaw Brothers en 1984, le contrat ne pourra pas être honoré et Mabel Cheung trouvera refuge à la D&B Films pour laquelle elle réalisera le 2ème opus de sa trilogie sur l’immigration, An Autumn’s Tales. Dans The Illegal Immigrant, comme son titre l’indique, la thématique de l’immigration est au centre du récit et est traité avec une humanité qui évite la lourdeur que pourrait avoir un tel propos. Le film adopte la plupart du temps un ton assez léger comme pour rappeler l’insouciance de ces immigrés fraichement arrivés à New York et qui, malgré la dureté de la situation, vont vivre au jour le jour en essayant constamment de s’adapter du mieux qu’ils le peuvent à la situation.
The Illegal Immigrant est, à l’instar du film suivant An Autumn’s Tale, centré sur la dynamique d’un homme issu d’un milieu pauvre et perturbé, et d’une femme plus éduquée, plus aisée, mais tout aussi à la dérive que lui sur le plan émotionnel, avec pour toile de fond le Chinatown de New-York, où ils vont se rendre compte de la désillusion du rêve américain, mais aussi lieu de renaissance pas forcément attendue. Mabel Cheung arrive à parfaitement retranscrire ce que signifie de vivre en marge, de se battre pour avoir une place dans un pays qui n’a pas besoin de vous, de forger des liens humains malgré l’instabilité de la situation tout en étant dans le collimateur de l’immigration du pays. Pour plus de réalisme, The Illegal Immigration est tourné dans un style quasi-documentaire et Cheung a donc fait appel à tout un tas d’acteurs non-professionnels, certains jouant même leur propre rôle, et le résultat n’en est que plus authentique. Le film dépeint la violence, la criminalité et la pauvreté qui sévissaient chez les immigrants à cette époque, mais la réalisatrice fait en sorte que son film ne soit pas simplement une critique sociétale. Ça ne cherche pas le sensationnalisme, c’est avant tout une histoire humaine empreinte de réalisme entre deux personnes qui ont bien plus en commun qu’elles ne le pensent. Certes, on pourra regretter que Cheung ne s’attarde pas suffisamment sur ses deux personnages centraux, comme s’il manquait des bouts de leur histoire, mais malgré tout leur duo et leur relation fonctionne parfaitement. Grâce au budget apportée par Mona Fong, The Illegal Immigrant a des valeurs de productions bien plus élevées que bon nombre de films étudiants et il arrive à donner à ces petites rues de New-York des faux-airs de Hong Kong by Night, en partie grâce à une superbe prohographie, parfois sinistre mais aussi souvent spectaculaire, de Bob Bukowski. L’ambiance est très particulière, parfois oppressante, avec ce réseau de rues étroites, ces usines et ces appartements exigus, mais avec une musique légère qui vient contrebalancer. On est assez ahuri de voir comment Mabel Cheung et Bob Bukowski arrivent à rendre la crasse de New-York d’une grande beauté en partie grâce à un réel sens du cadre lors des vues d’ensemble.
The Illegal Immigrant est un très beau film sur l’immigration, assez dur malgré le ton léger qu’il peut prendre du début à la fin. Un premier essai réussi pour la réalisatrice Mabel Cheung, surtout si on prend en compte qu’il s’agit de son film de fin d’études.
Critique originale avec images et anecdotes : https://www.darksidereviews.com/film-the-illegal-immigrant-de-mabel-cheung-1985/
Créée
le 29 juin 2025
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