Raphael, fan de heavy metal, se prend de passion pour le kung fu et la foi chrétienne. Mais dans l’Estonie communiste des années 70, c’est dangereux. Il découvre un monastère qui pratique les arts martiaux.
Rainer Sarnet est un réalisateur estonien plutôt original. Après avoir créé le très étrange November, le voici de retour avec un film délirant sur la foi. Comme pour son œuvre précédente, il a également écrit le scénario.
Tout d’abord, une bonne partie du film repose sur les épaules d’Ursel Tilk. Ce jeune acteur (il n’avait pas trente ans pendant le tournage) se déchaîne pour composer le personnage déjanté de Raphael. Ses mimiques hystériques sont irrésistibles, d’autant plus que la réalisation outre volontiers ses grimaces. Les autres acteurs, Ester Kuntu, Indrek Sammul et Kaarel Pogga, s’efforcent de suivre le rythme et y parviennent avec brio.
Ensuite, l’ambiance des années 70 est plutôt bien reconstituée, même si je manque de connaissance sur l’Estonie pour en juger. En tout cas, les riffs de Black Sabbath sonnent particulièrement juste et contribuent (c’est un comble !) à l’humour. Les décors, le maquillage outrancier, les effets sonores kitchs et les incrustations, tout nous ramène à cette époque de hippies hallucinés férus de mysticisme, mais ignares en la matière.
Enfin, et c’est un tour de force, Rainer Sarnet arrive à interpréter les Saintes Écritures d’un point de vue martial et va jusqu’à piquer les images des icônes pour en faire des prises de kung fu. C’est du grand art !
Pourtant, The Invisible Fight n’est pas seulement une grosse comédie délirante. C’est également une réflexion sur la spiritualité, la place de l’Homme (donc de chacun) dans la Création et la clairvoyance nécessaire pour déceler sa destinée. Si la psychologie du film est facile (un enfant élevé uniquement par sa mère craint de prendre femme par peur de la jalousie maternelle), sa dimension mystique est, elle, plutôt belle : Renoncer au piège de l’orgueil pour avoir l’humilité de vivre une vie simple qui nous correspond et ainsi être soi-même. C’est résumé par le titre du film et c’est d’ailleurs le message du fou sacré. Lui voit tout et s’en amuse tout au long du film. Sacré contenu pour une petite production underground !
The Invisible Fight est une comédie délirante débordante de bonne humeur doublée d’un joli message spirituel assez inattendu. À savourer, donc.