Ca y est, le divorce entre John Woo et Tsui Hark est consommé - si ce dernier est crédité comme producteur pour "The Killer", c'est plutôt Chow Yun-fat qui a été moteur dans le déblocage et lancement du projet. Permettant à John Woo de s'épanouir dans son propre style... et de se faire connaître à l'international.
Le réalisateur s'inspire un peu de Martin Scorsese ("Mean Streets") et beaucoup du cinéma de Jean-Pierre Melville qu'il affectionne tant. En particulier "Le Samouraï", dont "The Killer" est une sorte de relecture version Nouvelle Vague hongkongaise.
On suit un tueur à gages, qui abat une cible dans un club... mais rend malgré lui la chanteuse locale malvoyante. Pris de remords, il accepte un dernier contrat afin de payer l'opération pour rendre la vue à la demoiselle. Evidemment, tout va déraper.
La romance entre le tueur et la chanteuse n'est pas vraiment le point fort du film, c'est relativement simplet et la jeune femme est limitée en termes de caractérisation. Ce qui intéresse John Woo, c'est plutôt les relations entre le tueur et deux hommes. D'un côté, son point de contact avec les Triades, un vieil ami infirme en qui il a toute confiance. De l'autre, le policier qui le traque, un adversaire qui va s'avérer partager ses valeurs de justice et d'honneur.
Amitié et loyauté seront ainsi au coeur de cette histoire. Bien portée par ses acteurs : secondé par Danny Lee, Chow Yun-fat est impérial dans le rôle du tueur au sens de l'honneur.
Tandis que sur la forme, John Woo s'est fait plaisir. De très nombreux effets de style qui marchent admirablement, et s'avèrent originaux pour l'époque. Que ce soient des plans esthétisés, divers ralentis, ou des effets de montage percutants. Qui permettent de caractériser visuellement les personnages, ou de poser des enjeux. Outre l'imagerie religieuse bien exploitée, c'est aussi la première fois que Woo utilise les colombes, qui deviendront un gimmick de sa filmographie américaine !
Et puis il y a évidemment les nombreuses fusillades dantesque. Le film est très riche en scènes d'action tonitruantes où ça flingue de partout. Si quelques faux raccords pointent le bout de leur nez, le travail de découpage, de montage, et de point de vue demeure un sacré morceau terriblement efficace. Je n'ai aucun mal à imaginer que nombre de metteurs en scènes occidentaux seront secoués et inspirés par ce style.