Je ne sais toujours pas quoi penser de ce film, donc je laisse mon 6. Il n'est pas agréable à regarder, l'histoire est confuse, mais c'est comme si Winterbottom s'en foutait, fasciné qu'il est par son acteur principal. Et je le comprends ô combien ! J'ai rarement vu une caméra aussi fascinée par un visage, scrutant inlassablement son regard froid et transparent comme pour essayer de comprendre ce qui se cache derrière. Mais il n'y a rien à comprendre derrière ce joli visage lisse. Lou Ford est un abîme insondable, une aberration qui ne livrera aucun de ses secrets.

On a tellement été habitué à voir toujours le même genre de psychopathe qu'on se sent très décontenancé et mal à l'aise devant Lou Ford. Car Lou est un tueur très inhabituel. Il ne correspond absolument pas aux psychopathes classiques qui prennent leur pied en tuant ou torturant. On ne le voit jamais prendre du plaisir à tuer. Quand il cogne Kate Hudson, il remonte sa jupe sur son visage pour ne pas le voir. On a presque l'impression que tuer est un travail à accomplir. Il tue uniquement par nécessité et jamais par plaisir. Ça ne l'excite pas et ça ne l'émeut pas non plus. Il ne ressent rien.

C'est cette absence totale d'émotion pendant et après ses crimes qui dérange. Lou Ford reste insaisissable jusqu'au bout et c'est très inconfortable pour le spectateur. On n'aura aucune explication sur les origines de son absence d'empathie. Les jeux pervers que lui imposait sa mère quand il était enfant peuvent expliquer son attirance pour la sexualité sadomasochiste, mais pas ses meurtres de sang froid. En revanche, un bref souvenir nous indique que le garçon est un pervers dangereux depuis l'enfance. On n'aura pas d'autres explications.

Ce shérif adjoint au visage enfantin et au regard de faux jeton se retrouve pris dans un engrenage de meurtres avec pour point de départ une vengeance contre un notable du patelin qui serait responsable de la mort de son frère. Après les premiers meurtres, il est obligé de continuer à tuer pour ne pas être démasqué.

L'intrigue est très confuse et pas passionnante, mais l'intérêt est ailleurs. Il est dans le comportement et les réactions imprévisibles de Lou qui se débarrasse des gens sans la moindre émotion, comme il se débarrasserait d'un caillou dans sa chaussure. C'est le contraste entre l'horreur des visages tabassés de ses victimes et l'application, la concentration qu'on lit sur le visage de Lou pendant qu'il frappe qui intéresse Winterbottom - et nous. J'avoue que je me fous un peu de l'intrigue, de ses incohérences ou du manque de crédibilité.

La performance de Casey Affleck est impressionnante. Il est le Mal, mais sans l'attirail diabolique, le regard dément, le sourire démoniaque d'Anthony Hopkins ou Jack Nicholson. Visage de porcelaine impassible, regard bleu gris, sourire timide, voix étouffée, silhouette frêle, il est banal, indéchiffrable, opaque et transparent. Il vit seul dans l'immense maison familiale. On ne le voit que faire l'amour ou tuer. Sa disparition finale spectaculaire ressemble à un départ pour l'Enfer mais là encore, ça ne semble pas l'affecter, comme si cet homme vide n'avait finalement jamais existé. Lou n'est pas un démon, mais un mystère pour les autres et surtout pour lui-même.

Le film n'est pas agréable à regarder; on ne peut pas prendre plaisir à regarder un visage tabassé - féminin ou masculin. Mais Casey Affleck réussit indéniablement à créer un tueur inédit que lui seul pouvait incarner. A chaque fois que je le vois, j'ai envie de chanter "I'm a creep, I'm a weirdo", tellement il excelle en anti-héros sournois séduisant et inquiétant. Son Bob Ford dans L'Assassinat de Jesse James par le Lâche Robert Ford, mélange subtil de fourberie et de naïveté, reste sa meilleure interprétation à ce jour.

Avec son petit gabarit, son air de-ne-pas-y-toucher et sa voix d'ado prépubère, Casey bouffe l'écran. Quant au reste du casting, il en fait du petit bois. Sincèrement, sans lui, le film ne vaudrait (presque) pas tripette.

Créée

le 6 août 2026

Critique lue 8 fois

Maîrrresse

Écrit par

Critique lue 8 fois

1

D'autres avis sur The Killer Inside Me

The Killer Inside Me

The Killer Inside Me

7

CoyoteCrafty

le 19 août 2010

Suivre

Critique de The Killer Inside Me par CoyoteCrafty

ou l'histoire d'un mec qui aimait beaucoup trop donner des fessées pour être honnête...

The Killer Inside Me

The Killer Inside Me

3

Jonowww

le 16 août 2010

Suivre

deeeeeeply inside

The Killer Inside Me, c'est 2h de violence, de boxe sur des femmes, de traumatismes d'enfant refoulé, de suspicion, de.... vide. Bien caché devant le gentil sourire de Casey Affleck. En fait, on voit...

The Killer Inside Me

The Killer Inside Me

6

Splashmacadam

le 15 août 2010

Suivre

Perplexe

Inutile de revenir sur l'histoire du film, soit vous avez vu la bande annonce ou lu un synopsis, soit vous trouverez les infos que vs voulez sur le net. En revanche, il est intéressant d'avoir une...

Du même critique

The Moor

The Moor

8

Mairrresse

le 1 févr. 2025

Suivre

La lande de la moor

Je commencerai par la superbe affiche qui reflète bien, pour une fois, l'ambiance sombre et oppressante du film et qui surtout met bien en évidence son gros point fort, le paysage.Car c'est la lande...

Backrooms

Backrooms

9

Mairrresse

le 22 juin 2026

Suivre

Critique de Backrooms par Maîrrresse

Je pense qu'on pourrait analyser en profondeur ce que représentent ces backrooms d'un point de vue psychologique ou psychanalytique. Toutes ces cloisons, ces longs couloirs, ces salles dépouillées ou...

L'Abominable Docteur Phibes

L'Abominable Docteur Phibes

9

Mairrresse

le 28 mai 2025

Suivre

Symphonie macabre en kitsch majeur

Un authentique chef-d'oeuvre kitsch et outrancier qui mélange allègrement horreur macabre, romantisme échevelé, esthétique Art déco et humour noir.Au milieu de cette orgie visuelle et sonore, Vincent...