Si t’aimes le cuir, la sueur, les mecs virils qui roulent des mécaniques et appuient chacune de leurs syllabes pour bien faire comprendre qu’ils ne sont pas du genre à courber le dos, alors tu devrais passer un moment agréable en compagnie des bikers pur jus de Kathryn Bigelow. Pour son premier film, celle qui s’est, depuis, fait une place dorée au sein du cinéma d’action engagé à Hollywood, posait les bases de son cinéma à l’occasion d’une tranche de vie qui n’a d’autre but que celui d’opposer les générations en laissant parler les corps.

S’il y a une belle énergie à l’écran, apportée en grande partie par la performance habitée de Willem Dafoe, The Loveless peine toutefois à tirer partie de son propos vaporeux. Son sujet est aussi intéressant qu’il épuise sur la longueur, faute de parvenir à se renouveler. Dès la première séquence qui oppose bouseux traditionnalistes et motards rebelles, Katheryn Bigelow abime son marqueur à force d’en agresser la pointe sur le papier. De même qu’elle brosse l’univers de la bécane jusqu’à l’outrance, cette dernière atteignant son apogée lors d’une scène risible où des amis partageant la même passion pour les lames affutées se les jettent aux pieds à tour de rôle.

Pourtant, du brouhaha causé par cette surenchère constante, finit par émerger un personnage troublant, marqué par la vie, faussement préparé pour lui faire face. Sous les traits d’une adolescente en fin de carrière, qui cherche à fuir son père, Bigelow apporte la nuance que l’on espérait, celle qui témoigne des aléas d’une vie qui ne laisse pas toujours le choix des armes à ceux qui en respirent l’oxygène. Une jeune femme balafrée, au sens propre comme au figuré, qui va réussir à connecter les points disparates semés par les scénaristes afin de les réunir au sein d’une même séquence, à l’occasion d’un final noir, sorti de nulle part, qui fait certes l’effet d’être un poil opportuniste, mais qui trouve tout de même, enfin, l’impact que l’on a attendu jusque là.

Loin d’être indispensable, The Loveless a toutefois l’intérêt de témoigner des premiers pas d’une réalisatrice, qui a prouvé depuis, son aisance à filmer les esprits rebelles, les marginaux au tempérament d’acier mais au cœur souvent pur. Un premier film un peu longuet, pas forcément passionnant, mais rythmé par une bande son oldschool agréable et rattrapé en dernière instance par une fin sans concession.
oso
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le 28 oct. 2014

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