The Master
4.7
The Master

Film de Tsui Hark (1992)

Double Team, Piège à Hong Kong, Black Mask 2, The Master, … Tsui Hark a beau être un réalisateur culte du cinéma de Hong Kong, plusieurs de ses films sont mal aimés du public et les amateurs de ciné HK s’en donnent à cœur joie lorsqu’il faut critiquer l’un d’eux. Pourtant, parfois, tout n’est pas à jeter, loin de là, à l’instar de Piège à Hong Kong. Parfois, en les prenant comme des nanars, comme pour Black Mask 2, on passe un très bon moment. Et d’autres fois, c’est simplement un mélange des deux comme The Master ce qui, couplé à cette nostalgie du cinéma de Hong Kong des années 80/90 fait qu’on passe pas un moment si pire. C’est certain, nous ne sommes pas dans The Blade, Il Etait une Fois en Chine ou encore Time and Tide. Mais bien que très loin d’être une réussite, The Master n’est pas la purge que j’avais dans mes souvenirs. Mieux encore, j’y ai même parfois pris un certain plaisir. C’est peut-être l’amateur de nanar et des années 80 qui a pris le dessus pendant le visionnage, allez savoir…


Sorti en 1992, The Master est la première collaboration entre Tsui Hark et Jet Li. Comment est-ce possible me direz-vous, Il Etait une Fois en Chine est sorti en 1991. C’est exact, sauf que The Master a été tourné en 1989. En effet, à la fin des années 80, Jet Li part s’installer aux Etats-Unis et fait appel à Tsui Hark, qui a fait ses études et tourné des documentaires aux Etats-Unis, pour qu’il fasse un film avec lui sur place. Ni une ni deux, Hark se rend là-bas avec une petite équipe de Hong Kong, recrute sur place qu’il lui faut comme techniciens, et se met à tourner avec Jet Li un film qui pourrait être pour ce dernier le moyen de se faire connaitre aux States. Un moyen déjà utilisé par Jackie Chan et son Le Chinois (1980) de triste mémoire. Le tournage de The Master un est calvaire. L’équipe de Hong Kong ne s’entend pas du tout avec l’équipe américaine, le caractère parfois tyrannique de Tsui Hark sur ses tournages y étant sans doute pour beaucoup, et Jet Li se blesse au poignet, l’empêchant d’être à 100%, en particulier lors de la scène finale. Le résultat ne plait pas à grand monde, ni à Tsui Hark, ni à Jet Li, encore moins à l’actrice principale, Crystal Kwok, qui a avoué ne pas du tout aimer le film qui a, il est vrai, le cul entre deux chaises, coincé entre la comédie slapstick parfois très bon enfant, et une parfois grande violence doublée d’effets sanguinolents. Il est décidé que le film sera mis au placard. Mais en 1991 puis 1992, le succès de Il Etait une fois en Chine puis Il Etait une Fois en Chine 2 de Tsui Hark hisse Jet Li au rang de superstar et la Golden Harvest décide de déterrer The Master, le vendant comme faisant partie de la même franchise au point de l’appeler parfois Wong Fei Hung ’92. Les voies du pognon sont impénétrables… Le film sort donc en 1992 et le succès dans les salles à Hong Kong est très modeste, le film peinant à cumuler à peine plus de 8M$HK en 18 jours à l’affiche. Il est clair qu’on était en droit d’attendre bien mieux de cette première collaboration entre Tsui Hark et Jet Li, même si ce dernier n’était pas encore la star qu’il deviendra avec Il était une Fois en Chine, mais The Master ne mérite pas les seaux d’excréments qu’il se prend dans la tête depuis bientôt 25 ans.


Il est certain que le jeu des acteurs occidentaux est cataclysmique, pas aidé par un doublage nanardesque. Que ce soit Jerry Trimble, en surjeu total, ses sbires, dont un Billy Blanks alors encore à ses débuts, tout aussi cabotins, ou encore les trois sidekick latinos de Jet Li qui n’ont clairement jamais reçu le moindre cours d’acting, mais il y a parfois de quoi se marrer devant tant d’absence de jeu d’acteur. Les acteurs hongkongais s’en sortent bien mieux, en particulier Yuen Wah qui endosse parfaitement ce rôle de vieux maitre, ou encore Jet Li qui arrive à trouver un bon équilibre entre sérieux et pitreries. Le grand méchant a une coiffure pas possible, un mulet long blond doublé d’une brosse, quand ce n’est pas une jeune fille avec une casquette rose et noire à la visière quasi verticale ou un rasta à perles parce qu’on n’est pas à un cliché près. Oui, ce film fleure bon les années 80 et pour qui est un minimum sensible à cette époque, nombreuses scènes donnent le sourire aux lèvres. Le scénario est du vu et revu, mais pour cette tentative ricaine, aucun risque n’a été pris. Le but était de faire découvrir Jet Li aux américains, pas de faire un film profond. Tsui Hark essaie de transposer l’histoire de Wong Fei Hung à Los Angeles avec une intrigue secondaire qui pompe sur Karate Kid sans jamais être développée. On sent bien que Hark joue le coup du choc des cultures, chinoise vs occidentale, mais l’ensemble est un peu paresseux, parfois incohérent, avec en plus une histoire d’amour entre Jet Li et Crystal Kwok qui devient rapidement gênante (la scène avec le policier en moto). Pourtant, l’ensemble est suffisamment ringard pour qu’on suive l’histoire avec un regard amusé. Même chose au niveau de la mise en scène pour laquelle Tsui Hark ne fournit que le strict minimum, mais ça reste fonctionnel par rapport à ce que le film propose. The Master manque peut-être un peu d’action, préférant parfois se concentrer sur les péripéties des personnages, mais les combats du film, sans être mémorables ni même transcendants, sont malgré tout sympathiques et les chorégraphies de Brandy Yuen et Yuen Wah fonctionnent plutôt bien. Le long final est clairement la meilleure scène du film même si la blessure au poignet de Jet Li durant le tournage semble réellement l’empêcher de s’exprimer.


The Master ne mérite pas complètement sa désastreuse réputation. Certes, venant du duo Tsui Hark / Jet Li, il y a de quoi être (très) déçu, mais l’action est sympathique tout comme le duo Jet Li / Yuen Wah. Et puis ça fleure bon les années 80…


Critique originale avec images et anecdotes : https://www.darksidereviews.com/film-the-master-de-tsui-hark-1992/

cherycok
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le 10 mars 2026

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