On en a beaucoup (trop ?) vu, des miroirs, dans le cinéma d'horreur. Souvent utilisés plus ou moins efficacement pour faire grimper une tension ou placer un jump-scare, le miroir est probablement l'un des objets du quotidien les plus représentés à l'écran dans le genre horrifique. On en aurait presque un peu marre. Et on n'est pas nécessairement rassuré en lisant le synopsis d'Oculus (je refuse d'utiliser ce retitrage naze qu'est The Mirror). L'histoire de drame passé, où une famille aurait été précipitée à sa perte à cause d'un ancien miroir maudit ne semble, de prime abord, pas très inspirée. Pourtant, Oculus finit par réaliser un petit tour de force, et ce grâce à trois éléments particulièrement notables.
D'abord, l'interprétation. Oculus passe beaucoup de temps à se pencher sur ses personnages, leur psychologie, leurs souvenirs. On vit et ressent avec eux les événements qui se déroulent. Ce genre de narration ne peut fonctionner que si l'on croit en eux, qu'on s'y attache. Ici, le travail de Karen Gillan est à saluer dans le rôle de Kaylie. La jeune femme est très crédible dans les différentes facettes de son personnage, qu'elle soit charmante, déterminée, ou qu'elle paraisse carrément psychotique. Moins convaincant, Brenton Thwaites fait tout de même le taf de manière correcte. En revanche, dans le rôle de Kaylie adolescente, la jeune Annalise Basso se révèle étonnante et juste, plus convaincante que beaucoup d'acteurs de son âge.
Puis, vient la manière très efficace dont le film nous balade et crée une tension qui ne redescend jamais vraiment. De façon audacieuse, l'histoire alterne entre passé et présent, réel et illusion en permanence, ne nous permettant de comprendre ce qui se passe que très graduellement et en conservant une bonne part de son mystère tout au long du visionnage. La tension monte doucement mais sûrement et on se retrouve au bout d'un moment à ne plus savoir nous même ce qui tient de la réalité et de l'imaginaire. Complètement immergés auprès des personnages, nous essayons avec eux de définir les frontières de l'illusion sans jamais vraiment y parvenir. On reste sur le bout de son siège, à se demander quelle sera la prochaine étape d'un plan qui, alors qu'il paraissait extrêmement bien ficelé au départ, finit par se découdre puis par se retourner contre les personnages.
Tout ceci est rendu possible par notre troisième - et plus important - point positif : le montage. Sur le plan visuel, Oculus n'est pas vraiment remarquable. Pas mauvais, attention, juste très sobre. Clinique, même, par moment. Toute l'énergie est consacrée aux transitions extrêmement maîtrisées qui nous permettent de passer de nos personnages adultes aux adolescents. Le passé et le présent s'entremêlent de plus en plus, et l'efficacité des transitions nous fait nous perdre nous-mêmes dans ce qui se passe. La confusion qu'éprouvent les personnages est parfaitement transmise au spectateur, qui cherche lui aussi son chemin dans les méandres du temps et de la réalité. Il s'agit là de la meilleure réussite du film, gracieuseté du réalisateur Mike Flanagan qui se charge lui-même du montage (et qui co-écrit le scénario, adapté d'un de ses propres courts-métrages). Bravo à lui.
Plutôt encensé par la critique, Oculus ne plaît cependant pas à tous les spectateurs. Certains se laissent rebuter par le rythme un peu lent, le peu de présence de gore et de sang mais, surtout, par la fin.
En effet, pas de happy ending dans Oculus. Rattrapée par son hubris, Kaylie finit empalée tandis que son frère est arrêté, accusé de son meurtre. Nombre de spectateurs se sont plaints en ligne que le miroir ne soit pas détruit, que son origine ne soit pas connue, que tous les personnages connaissent un sort tragique. C'est pourtant, là aussi, l'une des forces du film. Le miroir parvient à se révéler effrayant justement parce que nous n'en connaissons pas la nature exacte. Et même, c'est lorsque l'entité du miroir se matérialise sous les traits de ses précédentes victimes qu'elle en devient moins effrayante et que le film verse un peu plus dans l'horreur de bas étage. Quant au happy ending, il est vrai qu'on aurait espéré mieux, pour le frère et la soeur traumatisés par les événements de leur enfance. On y a même cru, quand Kaylie a exposé son plan si parfaitement pensé, calibré, minuté. Certains pensent que le film se termine ainsi afin de permettre la production d'une suite. Je ne crois pas. Vu la portée symbolique et psychologique des événements qui s'y déroulent, je crois plutôt que le film se pare d'un message : les blessures psychologiques demeurent, elles ne guérissent jamais vraiment, et elles finissent par nous mener à notre perte si nous les laissons nous engloutir.
Oculus gagne a être connu. Si Mike Flanagan a réussi à se tailler la place qu'il a aujourd'hui dans le cinéma d'horreur, ce n'est pas pour rien et son deuxième long-métrage le prouve. Bien ficelé, rythmé, angoissant à souhaits, Oculus est vraiment une belle réussite.