Très beau film de Michito Fuji. En dire plus ? C’est difficile. Parce que The Parades ne se raconte pas, il se ressent.
Dès les premières images, on est happé. Le film installe d’emblée une atmosphère suspendue, entre ciel et terre. On est emporté dans le tsunami que vient de vivre Minako (Masami Nagasawa), journaliste et mère célibataire, qui cherche son fils au milieu d’une plage apocalyptique.
Dans sa quête, elle parvient à un ancien camp de vacances aux couleurs fanées. Peu à peu, elle comprend qu’elle n’est plus de ce monde. Elle y rencontre Akira (Kentarô Sakaguchi), un écrivain sensible. Lui, il observe, écoute, tisse du lien là où les autres se replient.
Shori (Ryûsei Yokohama), ancien yakuza taciturne, est prisonnier d’un amour qu’il n’a pas pu laisser derrière lui. Ce n’est pas seulement son passé qu’il porte, mais aussi une femme qu’il aimait encore et qu’il ne peut quitter. Il revient sans cesse sur ses souvenirs, comme pour retarder le moment du départ. Michael (Lily Franky), ex-producteur au regard fatigué, ressasse les œuvres qu’il n’a pas pu achever. Et puis Kaori (Shinobu Terajima), qui veille sur Nana (Nana Mori), jeune fille mutique dont on devine le drame sans qu’il ne soit jamais nommé.
Le lieu lui-même surprend. Ce camp de vacances abandonné, dominé par une grande roue que l’on aperçoit sur l’affiche m’a rappelé un bref instant à The Sound of Magic. Mais ici, pas de fantaisie ni d’illusion. Les petits bungalows, la grande table commune qui rappelle des soirées d’été : tout cela crée un sentiment de plénitude mélancolique, presque celui d’un havre de paix figé dans le temps.
On découvre Minako, masquée derrière l’incertitude de la mort, confrontée à son absence, à son fils. À ses côtés, Akira écoute, Shori lutte avec ses souvenirs, Michael regrette une carrière interrompue. Et d’autres encore tentent de renouer, de transmettre. Chacun est porteur d’une quête intérieure inachevée.
Les images sont belles et poétiques quand l’émotion affleure, plus froides lorsque le désarroi et la tristesse s’installent. Mais le message est aussi lumineux.
La Parade est ce moment où chacun est invité à exprimer ses derniers adieux, qui résonnent comme des souvenirs inachevés. Car ici, les morts ne sont pas partis. Ils attendent. Parce qu’il reste quelque chose à comprendre, à dire, à transmettre. Chacun incarne un type de silence, de regret ou de blessure. Tous espèrent, en secret, revoir un vivant une dernière fois. Ce rituel mensuel devient leur seul espoir d’apaisement.
Malgré la thématique du deuil, le film n’est jamais plombant. Il est grave, mais pas désespéré. Il parle de l’amour, du lien, de ce qui reste après la rupture. Certaines scènes sont d’une beauté douloureuse ; d’autres, plus glacées, traduisent la solitude d’une âme sans repères.
The Parades ne cherche pas à nous expliquer. Il nous laisse ressentir. Et dans cette délicatesse, quelque chose en nous se met à trembler.
C’est bouleversant.