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En dehors des polémiques que la série a suscitées, force est de reconnaitre qu’elle confirme ce que la Corée fait actuellement : descendre tranquillement dans la production de navets avec une application qui me laisse perplexe.


Oubliez notre bon vieux Guide du Routard. C’est préférable, car ici le voyage est propre, sans poussière et surtout, sponsorisé.

Les décors sont présentés par Géo Magazine, les bijoux brillent comme des vitrines Swarovski, les costumes semblent choisis par Elle Magazine et la décoration intérieure gérée par Elle Déco.

Ensuite, j'avoue avoir du mal avec la présence très lissée de Go Yoon-jung, que j’ai surtout appréciée en tant que Do Ra-mi. Enfin, on aura bien compris qu’elle est ambassadrice Chanel. Vous ne le saviez pas? La prod se charge de vous le rappeler…


Pour parfaire l’ensemble, la lumière est tellement jaune qu’elle finit par ressembler à un filtre Instagram permanent. Et c’est encore pire sur les décors utilisés.


Arrêtons-nous un instant sur ces lieux. Ils sont très beaux. Ce qui me dérange c’est qu’ils sont sous-exploités. Les décors donnent ici l’illusion de la profondeur, mais relèvent davantage de l’accumulation que du sens. Le Japon et ses voies ferrées pittoresques indiquent mécaniquement l’idée du choix, du passage, de la décision irréversible, encore faudrait-il que le récit ose réellement trancher. Le train devient un symbole prêt-à-l’emploi, réduit à une image jolie plus qu’à un véritable seuil narratif. L’Alberta avec Horsehoe Canyon, Drumheller, Banff et Cascade Mountain étale ses grands espaces propres et parfaitement cadrés, sans jamais traduire une quelconque reconstruction intérieure : Moo-hee y circule, mais n’y évolue pas. Quant au village italien, Civita di Bagnoregio, déjà vu au cinéma, il semble ici convoqué comme une jolie carte postale à la recherche de Daniel Craig, plutôt que comme un espace porteur de sens. Tout est lisse, aseptisé, sans poussière ni aspérité, comme si le décor devait penser à la place des personnages.


À ce stade, ce tourisme symbolique hors de prix aurait tout aussi bien pu être tourné à Disney Village : cela aurait coûté moins cher et n’aurait rien changé au fond, tant ces lieux, pourtant chargés de sens en théorie, restent totalement inutiles.


Les dialogues participent au même problème que les décors : ils donnent l’illusion de la profondeur sans jamais faire avancer le récit. Les personnages parlent beaucoup, mais ne disent rien qui transforme réellement la situation ou les relations. À force de phrases elliptiques, de sous-entendus flous et de déclarations qui se contredisent d’une scène à l’autre, la série confond silence signifiant et écriture imprécise. Je n'ai parfois rien compris et il m'a fallu utiliser la touche marche-arrière pour ... ne rien comprendre ! Cette confusion finit par donner au récit un ton presque prétentieux, comme si l’opacité devait tenir lieu de complexité émotionnelle. Là où une parole claire aurait permis de trancher, la série préfère entretenir le vague, donnant la sensation que les mots servent davantage à masquer l’indécision du scénario qu’à traduire les sentiments des personnages.


Narrativement, la série accumule les ellipses problématiques. La seconde romance, par exemple, m’a laissée totalement perplexe : impossible de comprendre d’où elle sortait. J’ai même fait marche arrière… sans succès. Il manque clairement un paragraphe, voire deux, entre Ho-jin et Ji-sun, entre Ji-sun et son ex, puis encore une ligne de transition. Quant au long dialogue de sourds entre Ho-jin et Moo-hee (épisode 6 je crois), il reste tout aussi obscur. Les personnages parlent, mais ne se rencontrent jamais vraiment.  La série veut être une romance inter-culturelle, une réflexion sur le langage, un récit sur le regard public, une approche des troubles psychiques, un road-trip esthétique ? On ne sait pas car elle ne hiérarchise rien. Du coup, aucun thème n’est creusé, tout devient décoratif et "les enjeux" disparaissent ou deviennent tellement confus que j’ai été vite larguée et rien ne m’a véritablement retenue. Ce n’est pas riche. C’est dilué. Elle confond densité thématique et accumulation, et finit par tourner à vide. L’objectif initial, cette émission censée structurer l’histoire, finit par se dissoudre au point qu’on en oublie presque la raison d’être.


Le traitement de la dissociation identitaire est sans doute ce qui m’a le plus dérangée. Le point de départ est pourtant intéressant : l’héroïne doit sa célébrité non à son talent, mais à un accident de tournage. D’actrice ratée, elle devient subitement célèbre à la suite d’un drame. Sa réussite repose sur un malentendu, un leurre, et un personnage fictif, Do Ra-mi, finit par la hanter et on comprendra à la toute fin (mais très franchement on s’en doutait) la résurgence de son traumatisme. Mais de là à installer un véritable dédoublement de personnalité sans traumatisme déclencheur clairement construit, le raccourci est mal fait.


L’alchimie, enfin, reste assez fade. Il faut dire que la série repose presque exclusivement sur Go Yoon-jung, au détriment de Kim Seon-ho, relégué à un rôle bien plus effacé. Son personnage est un prolongement de Do-Sik de Hometown Cha Cha Cha, un homme discret, un cérébral. Le déséquilibre est ici flagrant, l’image prime, la vitrine domine, et le récit s’efface.


À force de vouloir tout montrer, la série ne raconte plus grand-chose. Et je dois l’avouer : ce type de productions, qui compensent une pauvreté narrative par l’esthétique et le branding, commence sérieusement à me lasser.


Comme le dit très justement @Lea-regarde-des-trucs, cette série est un smoothie : joli à regarder, mais n’a aucune saveur, si ce n’est celle d’une certaine amertume d’avoir perdu du temps. Et très sincèrement, les séries narrativement pauvres qui pensent pouvoir compenser par le visuel, je n’en peux plus.

AliceJeanne
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le 20 janv. 2026

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