The Plague
6.7
The Plague

Film de Charlie Polinger (2025)

Le silence sous l'eau d'une piscine. Puis le fracas des petits corps qui y plongent. Ceux d'une équipe de water-polo de pré-adolescents, dont les jambes ne cessent de remuer pour rester à la surface de l'eau mais aussi, et c'est là toute la symbolique qui ne quittera plus "The Plague", de se débattre pour juguler un mal-être où la cruauté d'autrui peut parfois engloutir sa propre quête de soi.


Récemment débarqué de Boston, Ben intègre ce camp d'entraînement de water-polo où il découvre que la plupart des élèves se sont ligués contre l'un des leurs, Eli, accusé d'être atteint de "la Peste" à cause de ses éruptions cutanées. Si, par souhait de se conformer aux comportements de la bande d'enfants (et plus particulièrement à celui de Jack, son exécrable leader), Ben accepte d'abord de participer au rejet perpétuel que subit Eli de la part de ses camarades, il devient vite très dur pour lui de l'accepter.


Doté d'une bande originale et d'une narration particulièrement anxiogènes, "The Plague" n'est pas à proprement parler un film de genre mais il est pourtant réalisé comme un thriller psychologique glaçant, où le pire menace d'arriver à tout instant. Nous mettant instantanément dans la peau du parfait outsider que représente son jeune héros Ben, Charlie Polinger nous convie à son intégration mouvementée à l'intérieur de ce qui peut s'apparenter à la hiérarchie d'une meute pré-pubère, gouvernée par les comportements puérils et leurs débordements plus ou moins conscients de groupe, où la recherche d'identité et d'acceptation en son sein passe par des discussions/défis futiles, des blagues nauséabondes aux accents virilistes (un groupe voisin de nageuses adolescentes est le centre de gravité de leurs remarques sexuelles débridées) et, surtout la destruction de l'autre si celui-ci ne choisit pas de se conformer aux règles établies ou présente une quelconque différence. Un système de caste ignoble donc, couvé dans l'entre-soi de l'enfance sur lequel les adultes n'ont aucune emprise malgré leurs règles et leurs leçons de morale (la position de l'entraîneur joué par Joel Edgerton, seul véritable socle et rempart adulte présent dans le le film, ne fait que se fragiliser au fil des évènements).


Devenu le bouc-émissaire de la bande de Jack à cause de simples problèmes de peau (que l'on imagine facilement imputable au stress permanent qu'il subit du fait des brimades), l'isolement au quotidien d'Eli le conduit, lui, à adopter des comportements de plus en plus étranges et anti-conformistes pour le commun des mortels, ce que le film traduit de façon très intelligente par une forme de spirale où son statut de "pestiféré" ne peut qu'amplifier son impossible remontée à la surface de sa solitude, le condamnant toujours plus à devenir un "freak" infréquentable aux yeux de tous.


Passé l'introduction de Ben à l'intérieur de la violence de ce système entretenue savamment par Jack en alpha se délectant de son statut de meneur, le regard plus rationnel du garçon va évidemment en faire aussi une anomalie toute désignée par sa compassion grandissante pour Eli et ainsi nous entraîner à assister peu à peu à sa déchéance vis-à-vis du groupe.

Écartelé entre le besoin de se forger une identité à travers l'aliénation de la meute et sa nature autrement plus sensible (juste humaine et éclairée) qui le place de facto à sa marge, la "contamination" dont va être victime Ben entraîne "The Plague" vers de véritables sommets d'une noirceur implacable, traitant le déboussolement identitaire brutal de son jeune héros comme une perte de repères quasi-schizophrénique, adulte, littéralement traduite par un final d'une puissance folle où, au discours de reproches sous couvert d'auto-analyse suivra une géniale séquence dévastatrice, une forme de transe en parallèle d'une autre, signature d'un point de non-retour que l'on savait presque inéluctable dans la montée en puissance des évènements.


Cette histoire méritait donc bien d'être racontée comme Charlie Polinger l'aborde, par le prisme d'une vision de l'horreur sociale brute et parfois trop insoupçonnée qui peut gouverner les plus jeunes sous les œillères que se met le monde adulte à leur égard. On sort de "The Plague" comme infecté par le marasme de tortures psychologiques subies par Ben, à terre, décontenancé... Le signe d'un film décidément pas comme les autres, ayant réussi à nous engloutir avec lui sans que l'on puisse se débattre à notre tour.

RedArrow
8
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le 3 juin 2026

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