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Sunset Boulevard
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le 2 sept. 2014
Je suis assez vieux pour me souvenir de la sortie du Player (j’avais 16/17 ans à l’époque). Le nom de Robert Altman m’était alors inconnu, mais puisque tout le monde semblait considérer ce film comme celui du « retour » d’un grand cinéaste, alors j’ai fait pareil.
Au sujet du Player, tout le monde ne parlait, bien entendu, que du fameux plan séquence d’ouverture. En revoyant le film, je me rends compte qu’on était alors un peu comme le personnage incarné par Fred Ward dans ce plan, un personnage qui vante les mérite du plan d’ouverture de Touch of evil (et qui ignore qu’il existe un cinéma en dehors des Etats-unis).
C’est là, bien entendu, la première chose qui frappe dans The Player, cette mise en abîme passionnante d’un film hollywoodien parlant du cinéma hollywoodien, de Bruce Willis qui vient se moquer des rôles à la Bruce Willis, etc. Ça donne un côté un peu vertigineux au film, même si, finalement, cela n’est que du jeu un peu vain, une succession de clins d’oeil d’Altman.
Un autre vertige est, celui-là, bien plus important et mieux amené, le vertige qui gagne le protagoniste du film, Griffin Mill, interprété par un Tim Robbins qui a là un de ses meilleurs rôles (avec Mystic River). Harcelé par d’énigmatiques cartes postales menaçantes, objets de rumeurs insistantes sur son probable remplacement par un jeune requin aux dents longues promettant de grands succès en dépensant moins d’argent, et tout un engrenage qui va finalement le mener à assassiner un auteur.
Que Robert Altman sache gérer l’aspect cynique d’un film qui met à jour la bêtise crasse de la bourgeoisie états-unienne, on le savait depuis longtemps (voir Un Mariage, par exemple). Qu’il fasse un portrait au vitriol d’une Amérique ignare, enfermée dans son isolement, incapable de dialoguer, c’est presque devenu une constante de son cinéma. Ici, en plus de tout cela, Altman nous plonge dans un néo-noir très sombre, style « plongée en enfer », qui n’est pas sans rappeler un film comme le sous-estimé After Hours, avec un aspect très inquiétante qui confine presque au fantastique parfois (voir cette scène où Mill est convoqué au commissariat et où il a l’impression que tout le monde se moque de lui).
Donc, il est ici question de cinéma. Des studios de cinéma considérés comme n’importe quelle entreprise, cherchant à minimiser les dépenses pour maximiser les recettes. Le film y est traité comme n’importe quel autre objet, n’importe quel produit ordinaire. D’ailleurs, la question qui semble agiter le studio où travaillent les personnages, c’est « est-il judicieux de conserver des auteurs dans la fabrication des films ? » (d’ailleurs, il faut noter qu’on parle bien ici de « fabrication » et pas de création, une fabrication qui se fait de plus en série, puisque Mill semble être sur de nombreux projets en même temps). Altman s’attaque ostensiblement à un cinéma auquel on dénierait le statut d’art pour n’être qu’un pur produit commercial comme un autre (pour ceux de ma génération, cela rappelle les débats autour de je ne sais plus quel traité international qui voulait considérer les oeuvres d »’art comme des produits commerciaux et ne pas leur conférer un statut à part).
Au-delà de la simple critique d’Hollywood comme usine à films, The Player s’attaque à tout un système capitaliste pour lequel la fin justifie les moyens, même les moyens les plus dégueulasses et inhumains. Il se joue là un jeu d’échecs pour rester en tête d’une grosse compagnie, et on comprend vite que c’est le plus cynique qui l’emporte, celui qui étouffera comme moralité. Et sincèrement, cette partie-là de l’action n’est pas propre à Hollywood : prenez les mêmes personnages et placez-les dans une banque, une société de courtage ou n’importe quelle multinationale, l’action ne sera pas vraiment différente. The Player, in fine, n’est pas un portrait décapant de Hollywood, mais une attaque virulente contre le capitalisme.
Altman, d’ailleurs, nous a donné un indice important : plusieurs fois au cours du film on cite le nom de Tom Wolfe, l’auteur du roman Le Bûcher des vanités. Il est évident que le roman est une référence pour ce film, avec sa description d’un monde cynique et violent. Un monde où le pouvoir est un jeu où les plus immoraux l’emportent, et où les perdants sont ceux qui veulent garder leurs convictions, leur fidélité et leur honneur.
A ce titre, la fin du film est terrible, peut-être une des plus brutales dans la filmographie d’Altman.
(N.B. : même si j’apprécie le film de De Palma, je me demande maintenant ce qu’aurait donné une adaptation du Bûcher des vanités par le réalisateur de The Player…)
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Brion James : mon anthologie, L'air de rien, on fait de la politique sans le savoir, Petits et grands écrans 2026, Les meilleurs films de Robert Altman et Les meilleurs films avec Tim Robbins
Créée
le 11 avr. 2026
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