The Runner pourrait difficilement être plus simple à résumer.
Une avocate court dans Londres pour sauver son fils.
Elle reçoit un appel.
Son enfant a été kidnappé.
Et pour le récupérer, elle doit continuer à courir, obéir aux ordres d'un mystérieux interlocuteur et ne prévenir personne.
C'est tout.
Et c'est justement là que le film devient intéressant.
Parce que The Runner ne construit pas seulement son suspense autour de ce qui va arriver à Maia.
Il construit son suspense autour d'une question beaucoup plus simple : combien de temps peut-on faire tenir un thriller sur une héroïne qui n'a pas le droit de s'arrêter ?
Le dispositif est presque mécanique.
Elle court.
Elle reçoit une instruction.
Elle l'exécute.
Puis une nouvelle instruction arrive.
Et elle court encore.
Sur le papier, ça peut sembler extrêmement limité.
Mais Kevin Macdonald comprend quelque chose d'essentiel : pour que cette idée fonctionne, il ne faut jamais donner l'impression que la course est seulement une course.
Londres devient progressivement un obstacle.
Les rues, les passants, les transports, les voitures, les distances : tout ce qui constitue normalement une ville devient une manière de ralentir Maia.
Et c'est là que The Runner trouve sa meilleure idée.
Le film transforme l'espace en système de contrôle.
Maia est pourtant présentée comme une femme intelligente, capable d'anticiper et de réfléchir plusieurs coups à l'avance.
Mais le film lui retire précisément ce qui constitue sa force.
Le temps.
Elle doit agir maintenant.
Courir maintenant.
Obéir maintenant.
Et surtout ne jamais pouvoir prendre suffisamment de recul pour comprendre complètement ce qui lui arrive.
Gal Gadot est évidemment une partie essentielle de cette mécanique.
Le choix est presque ironique : celle que le public associe à Wonder Woman est ici privée de tout super-pouvoir.
Elle reste extrêmement physique, mais elle doit avancer dans un monde beaucoup plus banal, beaucoup plus concret, beaucoup plus chaotique.
Et Kevin Macdonald exploite cette contradiction.
Il filme Londres comme un espace réel, encombré, imprévisible, plutôt que comme un simple décor d'action.
Le problème du film est alors aussi celui de son concept.
Parce qu'une idée aussi simple peut produire une tension formidable…
ou devenir répétitive.
Tout dépend de la capacité du scénario à renouveler la contrainte.
Et c'est précisément ce qui permet de regarder The Runner autrement qu'à travers la seule question : est-ce que le film est efficace ?
La vraie question est :
qu'est-ce qu'il reste d'un personnage quand on lui retire la possibilité de s'arrêter ?
Parce que Maia ne court pas seulement pour sauver son fils.
Elle court parce que quelqu'un d'autre décide désormais de ce qu'elle doit faire.
Et derrière le thriller, c'est peut-être ça que The Runner raconte le mieux :
le moment où une personne qui pensait contrôler sa vie découvre que le contrôle appartenait déjà à quelqu'un d'autre.
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