Les femmes et les enfants d'abord

Il serait quand même assez malvenu de reprocher à The Salvation son manque de complexité. A une époque où il est de bon ton de mettre du miel dans chaque histoire, de faire des personnages de péloches censées être burnées des vecteurs moraux de premier ordre, il est assez stimulant de tomber sur une bobine à part qui ne s’embarrasse pas de ce genre de petites courbettes. The Salvation, c’est un script épuré à l’extrême, une histoire de vengeance classique : un père sur les nerfs, après avoir perdu fils et mère, va buter des enfoirés d’une bastos dans l’sphincter.

Accusant moins d’une heure et demie à la pesée, The Salvation joue la carte de l’efficacité burnée. Difficile de lui reprocher; là encore, à une époque où les films ne flirtant pas avec la barre des deux plombes sont regardés de haut, il est assez courageux de plier son propos en à peine 90 minutes. Dès lors, l’hommage que rend Kristian Levring, à la fois au western et au revenge movie, est plutôt réussi, en tout cas transporté par une réelle envie de bien faire, de scorer sans trop papoter. Et pourtant, du début à sa fin, jamais on ne se laisse prendre par la passion, par cette excitation qui sait parfois nous saisir lorsque la justesse semble être à l’image.

Le revers d’une écriture dépouillée certainement, qui s’est arrêtée un peu trop tôt et oublie de caractériser suffisamment ses personnages. Mais pas seulement. Il manque aussi à The Salvation, pour parvenir à s’échapper du simple exercice hommage, un véritable coup d’œil. Un style. En matière de mise en scène, de photographie ou même de direction d’acteur. Tout dans The salvation transpire la maîtrise mais peu la passion, ou la proposition personnelle, à l'exception, peut-être, du petit tour en calèche du début, qui commençait à en esquisser le trait.
Ce qui est assez déroutant, car il est bien difficile de le prendre à défaut, en tant que ce qu’il est : un western violent, qui ne travestit pas son appartenance. Et pour autant, en fin de séance, on se rend compte que le palpitant est tristement resté à son rythme de croisière. Aucune séquence ne l’emporte, le personnage de Mads Michelsen est voulu mutique mais tombe dans l’inexpressivité, et même lorsqu’il dégomme du vilain, on ne sent pas l’excitation du moment, celle qui fait vibrer quand le salopard tombe enfin. C’est sec, efficace, parfois troublant de violence, mais rarement stimulant dans la durée : dès l’acte réalisé, il est oublié.

Ce sentiment d’avoir assisté à un énorme potentiel, auquel il n’a manqué qu’une petite étincelle d’audace, un soupçon de personnalité, fait l’effet d’une énorme déception. Néanmoins, on sort tout de même de la séance très respectueux de ce qu’a entrepris Kristian Levring. A l’heure du better, faster, stronger, le cinéaste Danois a su ne pas se laisser emporter par la vague de la superficialité, pour un retour au premier degré et à l’efficacité qui fait plaisir. Espérons simplement qu’il poursuivra sur ce sentier pour un retour aux sources prometteur pour la suite et qu'il trouvera, en chemin, ce style qui lui manque encore et qui lui permettrait de digérer la passion qui l’habite pour nous la retransmettre par l’image, avec un peu plus de panache.
oso
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le 29 oct. 2014

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oso

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