Quand le chat n'est pas là, les souris dansent
Après une enfance marquée par une éducation puritaine et religieuse, Joseph Losey, de plus en plus intéressé par le communisme et ses grandes figures part pour la Russie, où il rencontrera nombre de metteurs en scène (qui l'influencera grandement dans les décors soignés de ses films).
Peu après son retour aux USA, il est obligé de quitter son pays d'origine à cause du maccarthysme qui sévit, et part donc pour la Grande-Bretagne, où il réalise The Servant, adaptation d'une pièce d'Harold Pinter.
Le scénario peut rappeler de nombreuses pièces de théâtre classiques (on pense notamment à du Molière ou du Marivaux): Tony, jeune homme aisé appartenant à l'aristocratie, décide d'engager un domestique pour le servir, Hugo Barrett. Au fil de l'histoire, les rôles vont se mélanger, et l'on va découvrir que Hugo joue en réalité un jeu sadique et malsain avec son maître, soutenu par sa soeur qui arrive et va vite devenir l'objet de toutes les intentions de Tony.
C'est véritablement des situations malsaines que nous présente Losey, le personnage de Tony étant sans cesse ridiculisé, n'ayant cependant aucun pouvoir, malgré sa richesse et sa position sociale.
Les deux hommes sont physiquement aux antipodes: le maître est plutôt grand, blond, plutôt bel homme, tandis que son valet est plus petit, brun, moins mis en valeur que l'autre.
Les acteurs jouent tous les deux très bien, en particulier Dirk Bogarde, qui maîtrise parfaitement son personnage, toute son ambiguïté et sa perversité.
On pourra regretter cependant le rôle de l'amante de Tony, moins crédible.
Les plans, mouvements de caméra sont bien travaillés, certains intéressants. Quelques petits défauts subsistent par ci par là, mais rien de bien dérangeant. Le décor est pas mal exploité, notamment les miroirs qui parsèment les pièces, et qui permettent une vision différente des scènes.
Ce film est donc bien réalisé, et amène un nouveau regard sur le thème de la relation maître/valet, particulièrement présent dans la littérature, le théâtre ou le cinéma. Le personnage principal de Dirk Bogarde est plein de perversité, et Losey ne cessera à travers le film de nous le prouver, à travers de nombreux rebondissements.